CAPES Infos N°27/28
3èmes Journées Scientifiques du CAPES sur le thème : Quel développement rural pour un Burkina Faso émergent ?   Enregistrer au format PDF

Les 13, 14 et 15 décembre 2012, le Centre d’Analyse des Politiques Economiques et Sociales (CAPES), en collaboration avec la Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique (ACBF), organise dans la Salle de Conférence de Palace Hôtel à Ouaga 2000 ses troisièmes journées scientifiques. Sur le thème : Quel développement rural pour un Burkina Faso émergent ?

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Placées sous le haut patronage de SEM le premier ministre Beyon Luc Adolph TIAO représenté à la cérémonie d’ouverture par le Dr Laurent SEDEGO alors ministre de l’agriculture de l’hydraulique et des ressources halieutiques, ses troisièmes journées scientifiques, ont été l’occasion pour une masse critique de chercheurs burkinabè, de décideurs politiques, d’acteurs du secteur public, de la société civile, du secteur privé et des collectivités décentralisées de se retrouver pour partager des réflexions sur des thématiques relatives à l’émergence économique du Burkina Faso, fondée sur le secteur rural.

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L’agriculture un maillon clef de l’émergence

L’évidence du rôle historique de l’agriculture et de son importance dans le démarrage du moteur du développement n’est plus à démontrer, malgré le débat sur les causes du processus de la transition de l’agriculture vers l’industrie. Les travaux pionniers de Lewis (1954) et de Johnson et Mellor (1961), ont mis en avant les corrélations entre la croissance de la production agricole, la diversification des activités rurales, l’exode rural, l’urbanisation et le développement industriel.

Constituer un surplus agricole pour nourrir les villes et alimenter les industries naissantes qui s’y trouvent a été le rôle de l’agriculture, qui a amorcé le processus de développement de l’Occident. En effet, Mazoyer (2001) relève que l’histoire des économies occidentales est caractérisée par un progrès technique rapide dans l’agriculture traduisant des gains rapides de productivité. Grâce à une croissance soutenue de la productivité agricole, les pays d’Asie du Sud-Est ont réussi une croissance économique remarquable. En l’espace de deux décennies, l’Indonésie a montré des performances significatives en matière de lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire (Boussard et al. 2006). L’amélioration de la productivité agricole paraît être une condition préalable, ou tout au moins concomitante, de l’essor des activités industrielles et tertiaires (en Angleterre, les progrès dans le domaine agricole ont précédé de plusieurs décennies ceux de l’industrie). Cette amélioration de la productivité agricole qui a, dans l’histoire du développement de l’Occident, alimenté les secteurs secondaire et tertiaire a aussi entraîné la diminution de la contribution de l’agriculture à l’économie et de la population agricole, progressivement transférée dans le secteur secondaire et tertiaire. Un développement urbain et industriel était essentiel pour que la main-d’œuvre agricole, devenue trop nombreuse du fait des gains rapides de productivité, puisse échapper à un emploi à faible productivité dans le secteur rural et vienne contribuer de façon importante à la croissance économique.

Quant à l’émergence, il est probable que son concept, s’il est bien cerné, soit à même d’apporter une grande contribution à la théorie du développement « car, jusqu’ici, le seul but fixé aux nations pauvres est de chercher à converger avec les pays riches. Or, la convergence est un chantier de longue portée (des dizaines voire des centaines d’années), comme en atteste l’histoire économique contemporaine » (Lo, sans date).

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Les pays émergents se caractérisent par leur niveau élevé d’industrialisation. Si pour la Chine et l’Inde, l’agriculture accompagne le processus d’industrialisation en assurant les besoins alimentaires à bas prix au regard des revenus faibles de la majorité de la population urbaine, au Brésil, elle a un rôle moteur dans le processus d’émergence par ses capacités exportatrices. Pour Lo (op.cit.), « pourraient être considérés émergents, les pays en développement qui constituent des pôles d’attraction des investissements (nationaux et étrangers), qui diversifient et accélèrent, durablement et harmonieusement, leur croissance économique et qui s’intègrent avec succès dans l’économie mondiale grâce à leurs capacités d’exportation ».

Le Burkina Faso, pays en développement, essentiellement agricole avec de bonnes potentialités non encore exploitées, peut-il devenir un pays émergent, c’est-à-dire peut-il célébrer cette « victoire intermédiaire » dans sa marche vers le développement ?

Il est vrai que de nombreux obstacles persistent dans le secteur agricole vulnérabilité à des facteurs exogènes (effets des changements climatiques), faible niveau d’équipement et de technicité, d’organisation des producteurs, de financement, insuffisance d’infrastructures (routes, énergie, communication),…, et que la mise en place de conditions transversales et de synergie reste à être concrétisée pour un mouvement d’ensemble du secteur rural.

Dans ses efforts de promouvoir le développement durable, le gouvernement a adopté en 2010 la SCADD, cadre de référence pour toutes les politiques, qui a pour objectif de « réaliser une croissance économique forte, soutenue et de qualité, génératrice d’effets multiplicateurs sur le niveau d’amélioration des revenus, la qualité de vie de la population et soucieuse du respect du principe de développement durable ».
Au niveau sectoriel, le Programme National du Secteur Rural (PNSR) a été adopté pour intégrer les sous-secteurs agriculture, élevage et environnement, en vue de « contribuer de manière durable à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, à une croissance économique forte, et à la réduction de la pauvreté ».

Sachant que l’émergence n’est qu’une étape dans la longue marche vers le développement, il est légitime que le Burkina Faso y aspire, en dépit des nombreuses contraintes du secteur rural où il a les meilleures dotations naturelles. Toutefois, il est utile de connaître les conditions de réalisation d’une telle émergence économique, notamment celle fondée sur le secteur rural.

La tenue des troisièmes journées scientifiques organisées par le CAPES visait à contribuer aux débats sur la question, autour du thème central : "Quel développement rural pour un Burkina Faso émergent ?" ; ce fut l’occasion pour une masse critique de chercheurs burkinabè, de décideurs politiques, d’acteurs du secteur public, de la société civile, du secteur privé et des collectivités décentralisées d’échanger sur des thématiques relatives à l’émergence économique du Burkina Faso, fondée sur le secteur rural.

Plus spécifiquement, les Journées Scientifiques ont permis d’échanger sur :

  1. L’état des lieux du développement du secteur rural : politiques et stratégies, contribution des sous-secteurs à l’économie, degré et potentiel d’intégration et de synergie et défis ;
  2. La maitrise des conditions de production durable dans le secteur rural en présence des risques climatiques et de leurs effets, en vue de réduire la vulnérabilité de l’économie et d’accélérer la croissance ;
  3. Les conditions de mise en synergie des sous-secteurs avec leurs secteurs d’appui en vue d’accélérer la croissance du secteur rural (infrastructures routières, énergie et télécommunications) ;
  4. Les conditions d’une émergence économique du Burkina Faso basée sur le secteur rural. Les sous thèmes des travaux

Les échanges ont porté sur sept (7) sous-thèmes, à savoir :

  • Sous-thème 1 : Contribution de l’agriculture à la croissance au Burkina Faso : une analyse rétrospective le cadre conceptuel relatif au rôle de l’agriculture et l’analyse des politiques et stratégies mises en œuvre au Burkina Faso depuis les 50 dernières années ;
  • Sous-thème 2 : la maîtrise des conditions de production pour une agriculture nouvelle, face aux effets du changement climatique qui la rendent de plus en plus vulnérable ;
  • Sous-thème 3 : le rôle du marché dans l’amorce du développement du secteur rural, en prenant avantage des opportunités tant au niveau national, sous régional qu’international ;
  • Sous-thème 4 : l’articulation agriculture-industrie, véritable binôme vertueux dans la dynamique d’un développement durable ;
  • Sous-thème 5 : la gestion des ressources naturelles qui devra se faire sur des bases durables étant donné qu’elles constituent le socle de l’économie nationale ;
  • Sous-thème 6 : la contribution des ressources animales à l’économie nationale au regard de son importance au plan économique, alimentaire et nutritionnel ;
  • Sous-thème 7 : L’émergence économique : concept, conditions de réalisation, exemples de réussite et perspectives pour le Burkina Faso.

Après la présentation par sous-thème, des débats ont eu lieu et le diagnostic est le même depuis les années 1970 à savoir, insécurité alimentaire périodique, dépendance de l’agriculture vis-à-vis des aléas climatiques, très faible exploitation des terres aménagées et aménageables, faible niveau de synergie entre les sous-secteurs agriculture, élevage et environnement, faible niveau d’utilisation des innovations existantes.

Par ailleurs, il y a eu de nombreuses stratégies et politiques de développement du secteur rural qui ont été mises en œuvre avec plus ou moins de succès et de nombreuses mesures qui attendent de l’être comme celles issues :

  • des Etats Généraux de l’Agriculture et de la Sécurité Alimentaire (EGASA) de novembre 2011 ;
  • de la Revue de la Stratégie de Croissance Accélérée et de Développement Durable (SCADD) de mai 2012 ;
  • du Cadre de Coopération du G8 pour l’appui à « La Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition » d’août 2012 ;
  • de la 15eme Journée Nationale du Paysan (JNP).

Les potentialités du Burkina Faso en termes de ressources naturelles, sont pourtant importantes et devraient permettre à notre pays d’émerger. A l’évidence, il y a eu une insuffisance de suivi des politiques, de mise en synergie des trois sous-secteurs clés et d’activation des relations de ceux-ci avec le marché, notamment avec l’industrie de transformation des produits agricoles. C’est pour cela que, au regard des dotations appréciables du Burkina Faso et des conditions requises pour l’émergence économique, en particulier celle fondée sur le secteur rural, les participants ont formulé les recommandations suivantes :

  1. Positionner le développement rural dans le cadre et les perspectives de la SCADD ;
  2. Maîtriser l’eau pour prolonger l’hivernage et assurer l’irrigation ;
  3. Renforcer la Recherche/Développement et le transfert de technologies, y compris l’énergie ;
  4. Promouvoir les agro-industries en suivant les filières prioritaires ;
  5. Conduire une éducation scientifique et technique de masse, à la fois formelle et non formelle ;
  6. Promouvoir l’élevage grâce à des synergies avec les autres secteurs ;
  7. Opérationnaliser l’ensemble de ces recommandations sur le secteur rural en mettant en place une structure de veille sur le développement rural et l’émergence ; cette proposition sera étudiée sous la responsabilité du SP-CPSA, en relation avec le CAPES et sera mise en place par décret avec un budget pour mi-2013.

Les participants ont insisté pour que la structure de veille, une fois créée, soit dotée des moyens nécessaires pour fonctionner correctement afin de faciliter la mise en œuvre des recommandations et donner à notre pays l’opportunité d’enclencher le processus d’émergence.

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