CONNAISSANCES POUR LE DEVELOPPEMENT

Semestriel N°005    

ISSN : 0796-692X

Les pronoms clitiques dans le « moossiire » fulfulde du Burkina-Faso   {id_article}   par Dr. Diallo Adama

Resumé

Dans le fulfulde du Burkina-Faso, les classes nominales à valeur pronominale ont un statut problématique parce que leur connotation syntaxique est confondue entre celui des mots indépendants et celui des affixes grammaticaux. S’ils semblent jouir d’une plus grande autonomie que ces derniers, ils s’appuient phonologiquement à un hôte, contrairement aux mots, et forment avec lui un seul mot. De tels éléments ont souvent été appelés clitiques par les structuralistes, qui distinguaient proclitiques et enclitiques selon que le clitique s’attache prosodiquement au mot qui le suit ou qui le précède. Dans cet article, en nous appuyant sur les travaux de Zwicky (1977) et Abdourahmane Diallo (2000), nous voyons l’ensemble des types d’éléments qui ont pu être appelés des clitiques en « moossiire » fulfulde du Burkina-Faso et relèvons les problèmes qu’ils soulèvent pour la syntaxe, la morphologie. L’une des distinctions les plus importantes qu’ils proposent est celle entre clitiques simples et spéciaux.

Mots clés

affixes grammaticaux, clitiques simple, spéciaux, hôte, proclitiques, enclitiques, connotation syntaxique, formes fortes, toniques, disjointes, proformes.

Summery

In the Fulfulde of Burkina Faso, the nominal value pronominal classes have a problematic status connotation because their syntax is confused between the independent words and the grammatical affixes. They seem to enjoy greater autonomy than the latter, they rely phonologically to a host, unlike words, forming with it a single word. Such elements have often been called clitics by structuralists, who distinguished proclitic and enclitic by the prosodically clitic attaches to the word that follows or precedes it. In this paper, building on the work of Zwicky (1977) and Abdourahmane Diallo (2000), we see all kinds of things that could be called clitics in "moossiire" Fulani of Burkina Faso and note problems they raise for syntax, morphology. One of the most important distinctions is that they offer between simple and special clitics.

Key words

Grammatical affixes, special clitics, host, proclitics, enclitics, syntactical connotation, strong forms, tonic, disjointed, proforms.
0Introduction

Les linguistes utilisent constamment la notion de pronom clitique pour désigner une classe d’unités atones (je, tu, le...) contiguës au verbe, que ce soit devant (je le vois) ou, plus rarement, derrière (dit-il). Ils présentent la particularité d’occuper cette position indépendamment de leur fonction dans la phrase (le objet direct, par exemple, n’est pas placé en position de GN objet, après le verbe). L’objectif général de cet article est d’examiner tous ces phénomènes des pronoms clitiques pour analyser leur rapport avec les classes nominales du fulfulde. Les objectifs spécifiques portent sur un examen successif de la nature des pronoms clitiques (formes simples, fortes, toniques ou disjointes et leur place, leur ordre dans la phrase et leur suffixation par rapport au verbe, les cas en interaction avec l’accord verbal. Sur le plan de la problématique, Il ressort de cette étude que tous ces procédés clitiques mènent à une substitution du SN défini et celle du complément d´objet (direct ou indirect). Le nombre de contextes permettant la présence d’un possessif à la place d’un article peut changer d’un dialecte fufulde à un autre. Cette variation rend difficile toute explication fondée sur les traits syntaxiques du pronom clitique impliqué. Sur le plan méthodologique, il s’agit de donner des explications fondées sur les traits syntaxiques du pronom clitique impliqué, de mettre en évidence la valeur classificatrice des proformes makko « son » et ko makko « le sien », d’examiner leur distribution et de décrire tout le système du possessif comme clitique, en liaison avec d’autres propriétés distributionnelles des formes "SN1 de SN2". Les hypothèses reposent sur la possibilité de montrer que les fonctions et la position des pronoms clitiques permettent de mettre en valeur les traits syntaxiques et la valeur classificatrice des proformes, mais permettent également comprendre le rôle des clitiques possessifs sur les différentes valeurs sémantiques d’un grand nombre de phénomènes du syntagme nominal.

L’intérêt de l´étude pour les clitiques en fulfulde du Burkina-Faso est lié à diverses sources principales, d’une part l’analyse des pronoms clitiques en fulfulde du Burkina-Faso est effectuée sur la base de l´analyse de Kayne (1975), de celle de l’étude typologique générale des différentes sortes de clitiques de Zwicky (1977) et l´inventaire des clitiques réalisés par Yéro Sylla (1982 ; 1993), Roger Labatut (1983) et Abdourahmane Diallo (2000).

I Les types de pronoms clitiques en « moossiire » Fulfulde (du Burkina-Faso)

Les clitiques simples résultent de ce qu’un mot, s’il est non accentué, peut être phonologiquement réduit et rattaché prosodiquement à un mot adjacent. Il s’en suit qu’un clitique simple occupe la même position syntaxique superficielle que les morphèmes non réduits correspondants. Les clitiques spéciaux, par contre, sont des éléments prosodiquement dépendants d’un hôte et qui apparaissent comme variantes de formes libres autonomes, dont ils partagent le sens et qui peuvent avoir une phonologie similaire, mais dont la distribution syntaxique superficielle est différente. Dans le cadre de cette dichotomie, des éléments comme les articles ou les prépositions monosyllabiques du fulfulde ont pu être classés comme des clitiques simples, tandis que les pronoms clitiques se rangent parmi les clitiques spéciaux. En effet, il est bien connu que les pronoms personnels en « moossiire » fulfulde du Burkina-Faso se répartissent en deux grands types. D’une part, les pronoms clitiques et d’autre part, ce que l’on appelle traditionnellement les formes fortes, toniques ou disjointes, qui ont le même type de comportement distributionnel que les SN habituels.

 (1) 

 Aali

 hokk oy -tee

 ɗum

 

 NOM

 V.- FUT-PR.PERS

PR .DEM

 

 Ali

 te donneras

 le

 

 Ali te le donnera

*Ali aan ɗum hokkoytee


 (2a)

 Aadu

 jaang-in-owan

talkuru

ndu

Seeni

 ko

muuɗum

 

NOM

V.- CAUS.-FUT

NOM

DET.

NOM

 PRED. 

PR.PERS

 

 Adu

fera lire

 lettre

la

Seeni

 pour 

lui

 

Adou fera lire la lettre à Séni pour lui

 (2b)

Aadu,

o

 jaang-in-owan

talkuru

 ndu

 to

makko

 

NOM

PR.PERS

 V.- FUT

NOM

 PRED. 

PREP.

PR.PERS

 

 Adou

il

 donnera

livre

 le

 à

lui

 

Adou, il fera lire la lettre à Séni 

On voit notamment en (1) que le pronom clitique -tee « te »en fulfulde apparaît suffixé au verbe, contrairement à la forme forte kanko « lui » en (2a) et au clitique o « il » accompagnant le SN et le clitique substitutif de SP pleins en (2a,b) qui ne le sont pas. On constate également que le pronom complément d’objet indirect -tee « te » précède le pronom d’objet direct ɗum « le » en (1) ; l’ordre inverse entre ces pronoms est agrammatical, alors que l’ordre C.O.I. et le C.I est un ordre possible pour les syntagmes pleins correspondants en (2a). On peut donc en conclure que les pronoms clitiques sont des clitiques spéciaux.

Ainsi les clitiques simples trouvent une place tout à fait naturelle. Il s’agit de mots indépendants sur le plan syntaxique qui sont rattachés postlexicalement à un mot adjacent (l’hôte) pour former un seul mot prosodique avec lui. On peut donc les appeler des clitiques postlexicaux. Nous suivons Kaisse (1985) ; Roger Labatut (1982) ; Mac Intosh (1982) et Yéro Sylla (1982) etc. qui adoptent l’hypothèse selon laquelle les interactions phonologiques et morphophonologiques entre clitiques postlexicaux et hôtes sont différentes de celles qu’on constate entre affixes et bases. Notamment, nous posons que la structure morphologique interne d’un mot syntaxique, ainsi que l’identité des morphèmes qui le composent, ne sont pas accessibles aux règles postlexicales, mais seulement à la structure phonologique et prosodique. Lorsqu’on les adopte strictement, ces hypothèses sont confrontées à un certain nombre de contre-exemples apparents bien connus et pour lesquels différents types de solutions ont été proposées. Tous les cadres théoriques reconnaissent d’une façon ou d’une autre l’existence d’une différence entre processus lexicaux et postlexicaux et c’est cette distinction qui sera cruciale et problématique dans la discussion des pronoms clitiques dans le fulfulde du Burkina-Faso.

II Propriétés syntaxiques particulières des pronoms clitiques

Les premiers travaux générativistes sur les clitiques, comme Perlmutter (1970) et surtout Kayne (1975), se sont principalement penchés sur le statut syntaxique particulier de ces éléments. Leur statut problématique du point de vue de l’interaction entre syntaxe, morphologie et phonologie n’a pas été véritablement pris en compte avant la publication de Zwicky (1977). En partant du fulfulde, Yéro Sylla (1982) a mis en évidence une série de propriétés syntaxiques particulières des pronoms clitiques dont on a pu montrer par la suite qu’elles étaient typiques de la situation en fulfulde, bien que l’on constate beaucoup de variation dans le détail. Nous allons les passer en revue ci-dessous en mentionnant au fur et à mesure certains cas particuliers intéressants.

II.1 Position des clitiques dans la phrase

II.1.1 Clitiques positionnés par rapport à un verbe fini

La propriété la plus immédiatement distinctive des pronoms clitiques dans la langue fulfulde est qu’ils n’apparaissent pas dans les mêmes positions que les SN ou SP pleins correspondants. Il s’agit donc de ‘clitiques spéciaux’au sens de Zwicky (1977). Ceci est particulièrement clair pour les cas où la phrase comporte un verbe fini. En effet, dans ce cas, les pronoms apparaissent en général devant ce verbe en (4), alors que la position habituelle des syntagmes pleins correspondants est d´apparaitre derrière ce verbe.

 (3)

 Issa

 jaang-i

 dewtere

 nde

ley

suudu

 jaang-irdu

 

 NOM

 V.- IMP

 NOM

 DET.

ADV.L

NOM

 NOM.-CL.NOM 

 

 Issa

 lit

 livre

 le

dans

salle

classe 

 

Issa lit le livre à l´école

 (4)

 Issa

 jaang-i

 nde

 

NOM

V.-IMP.

PR.PERS

 

 Issa

 lit

 le

 

Issa le lit

(5)

 *Issa

 nde

 jaang-ii

En fulfulde, les pronoms sont proclitiques aux formes finies (6a). Dans les formes verbales avec auxiliaire de temps, alors que les clitiques en général sont sur l’auxiliaire de lieu (6b), le clitique -nde est après le verbe infinitif et avec l’auxiliaire du conditionnel (6e), et sur le participe passé avec l’auxiliaire du passé (6c) ; -nde est cependant proclitique à l’auxiliaire du futur (6d) .


(6a)

Issa

 jaang-intee

nde/nde

keeŋga

suboka

 

NOM

V.- IMP-.PR.PERS

 PR.PERS

ADV.TPS

ADV.TPS

 

 Issa

 va t’apprendre

 le/la

demain

matin

 

Issa va t’apprendre le/la demain matin

*Issa neeban nde/nde jaangude


(6b)

Issa

 jaang-ii

 nde

ley

suudu

 jaang-irdu

 

 NOM

 V.-PERF.

PR.PERS

ADV.L

NOM

 NOM.-CL.NOM 

 

 Issa

 a lu

 le

dans

salle

classe 

 

« Issa l´a lu dans la salle de classe »

*Issa nde jaangii


(6c)

Issa

jaang-iino

nde

 

NOM

 V.-PERF.

PR.PERS

 

Issa

 lire

le

 

« Issa l´avait lu »

*Issa nde jaangiino


(6d)

Issa

jaang-oyta

nde

 

NOM

V.-IMP. FUT

 PR.PERS

 

Issa

lire

le

 

« Issa le lira »


(6e)

Issa

jaang-owiinoo

nde

 

NOM

V.- COND. PRES

PR. PERS

 

Issa

lirait

le

 

« Issa le lirait »

*Issa nde jaangowiinoo

7 *Issa nde jaang-owiinoo nyaande nyaande

Enfin, l’ordre des clitiques entre eux n’est pas le même que l’ordre entre les syntagmes pleins correspondants. En effet, comme nous le verrons plus loin, l’ordre des clitiques est fixe en (8a), contrairement à ce qui est le cas pour les syntagmes compléments (pour ceux-ci, des facteurs discursifs peuvent favoriser l’un ou l’autre ordre, mais l’ordre n’est pas syntaxiquement contraint) en (8b).

 (8a)

Issa

 hokk-owan

dewtere

 nde

Aali/

dewtere

 nde

 

NOM

V.-FUT.

NOM

DET.

 ALI

NOM

DET.

 

 Issa

donnera

 livre

le

 Ali

 livre

le

 

Issa le donnera à Ali/ le livre

 (8b)

Issa

 hokk-owan

nde

mo/

 hokk-owan

mo

 nde

 

NOM

V.-IMP.FUT.

PR.PERS

PR.PERS

V.-IMP.FUT

PR.PERS

 PR.PERS

 

 Issa

donnera

 le 

 lui

donnera

lui

 le

 

Issa donnera le livre à Ali/ à Ali le livre

(8c) *Issa mo nde hokkowan

On notera en particulier que l’ordre entre les clitiques correspondants en fulfulde (8c) est inversé. De plus, en fulfulde, si l’on a un COI. autre que lui, leur, on obtient l’ordre C.O.I. suivi du COD. en (9a).

 (9a)

 Issa

 hokk-owan

 kam

 nde

 

NOM

V.-IMP.FUT.

PR.PERS

PR.PERS

 

 Issa

donnera

 me

 le

 

Issa me le donnera

(9b) *Issa nde kam hokkowan

On constate donc que des facteurs complexes régissent l’ordre des clitiques entre eux avec des variations au niveau de la langue du « moossiire », fulfulde du Burkina-Faso.

II.1.2 Clitiques positionnés par rapport à un verbe non fini

Dans les cas où un clitique se combine avec un verbe à l’infinitif ou au participe, le fulfulde exige l’enclise, comme cela apparaît en (10a,b) (cf. aussi 6c, 6e ci-dessus). On remarquera que le fulfulde permet la cliticisation au participe passé comme en (10b), En « moossiire » du Burkina-Faso, on constate également une proclise avec l’infinitif et le participe présent en (10c) (le participe passé étant incompatible avec les pronoms clitiques), comme avec les verbes finis en (10d).

 (10a)

 Issa

yiɗ-i

 jaangude

 nde

 

NOM

V.-IMP.

V.-INF

 PR.PERS

 

 Issa

veut

 lire

 le 

 « Issa veut le lire »

*Issa yidi nde jaangude


 (10b)

 nde

ni

o

jaang-ii 

ɗum

ɗum

 hooy-ii

 firtude

 

CONJ.S

PART.

PR.PERS

V.-PERF.

PR.PERS.

PR.PERS.

V.-PERF.

V.-INF.

 

dès que

 il

cela

 a lu

le

ce, cela

fut facile

 de comprendre

 

« Une fois qu´il l’a lu, ce fut facile à comprendre »

 (10c)

 nde

ni

ɗum

jaang-anoo 

 ɗum

 hoy-i

 firtude

 

CONJ.S

PART.

PR.PERS

V.-P.PRES

PR.PERS.

V.-PERF.

V.-INF.

 

Dès que

 il

cela

 ayant lu

 il

fut facile

 de comprendre

 

« l´ayant lu, il fut facile de comprendre »

*nde o nde janng-unoo, dum hooyii firtude


 (10d)

 Aali

 na

yi ɗ- i

 sottude 

 nde 

 

NOM

V.-IMP.

V.-INF

 PR.PERS

PR.PERS

 

Ali

 il

 veut

 vendre

 le

 

« Ali veut le vendre »

*Ali na yidi nde sottude

 (10e)

 nde

o

 yi´u-noo

kam 

 

CONJ.S

 PR.PERS

V.-PART.PRES.

PR .PERS

 

 (en)

 il

 ayant

 me

 

 « Lorsqu’il m’a vu »

On remarquera que le standard orthographique rattache les enclitiques au verbe dans toutes les langues. Ces conventions orthographiques reflètent le fait que les clitiques ne sont pas, dans ces phrases, malgré les apparences superficielles, dans la même position qu’un syntagme plein correspondant. En effet, contrairement aux syntagmes, les enclitiques ne peuvent en aucun cas être séparés du verbe en « moossiire » du Burkina-Faso.

II.1.3 Clitiques positionnés par rapport à un verbe à l’impératif

En « moossiire », fulfulde du Burkina-Faso, les clitiques apparaissent comme enclitique avec les impératifs positifs en (11a), mais comme proclitique avec les impératifs négatifs en (11b). En fulfulde, dans les impératifs négatifs, on trouve une alternance selon les dialectes entre une conservation de la proclise (11c) et une variante innovante où l’enclise se généralise à tous les emplois de l’impératif (11d).

 (11a)

 jaang-u

 nde !

 

 V.-IMPER.

PR.PERS

 

 lis

 le

 

 « lis le ! »

 (11b)

taa 

jaang-u

 nde

 

 NEG.

V.-IMPER.

PR.PERS

 

 ne.pas

lis

 le

 « Ne le lis pas ! »

(11c) *nde taa jaangu nde

(11d) *jaangu nde taa

On notera que les mêmes types de contraintes rigides sur l’ordre entre clitiques, constatées dans le cas de la proclise pour les formes finies, se retrouvent également dans les cas d’enclise sur les formes non finies et les impératifs, bien que l’ordre entre les clitiques ne soit pas toujours le même en enclise et en proclise. Les impératifs correspondant à (9a,b) sont donnés en (12a,b).

(12a)

 hokk-or- am 

 nde 

 

V.- BEN.-PR.PERS

PR.PERS

 

 donnes-moi

 le

 

« donnes-le-moi ! » 

(12b)

 sott-ir-ɓ

 ɗe

 

V.- BEN.-PR.PERS

PR.PERS

 

 vends-leur

 les

 « vends-les-leur ! » 

II.1.4 Contiguïté des clitiques avec le verbe

D´ après Yéro Sylla ( 1982 p.140-144), « ce domaine est réservé au comportement syntaxique de la plupart des pronoms personnels, parce que ceux qui sont proches du verbe ou reliés au verbe, peuvent être considérés comme clitiques ». Comme nous l´avons vu plus haut au niveau de l´introduction, les clitiques sont des éléments qui n´apparaissent jamais dans une position libre mais s´appuie sur un mot qui vient ou qui suit contrairement à d’autres variantes des degrés. La distinction des deux listes de clitiques (les clitiques faibles et les clitiques forts) se fait selon que les pronoms satisfont totalement ou partiellement aux conditions suivantes :

(i)-Sur le plan syntaxique, le clitique doit être dépendant d´un verbe et pas d´un autre élément, sinon il ne peut pas intervenir entre le verbe et le pronom.

(ii)-Sur le plan morphologique, il se place à une position qui ne pourrait pas être constaté par un nom.

(iii)- sur le plan sémantique, il est possible de reduire les marques aspectuelles caractéris-tiques.

II.1.4.1 les pronoms clitiques faibles

Ce sont :

  • .les petits pronoms sujets préverbaux
  • les pronoms sujets longs
  • les petits pronoms

Pour les trois propriétés précitées, le pronom accepte seulement le premier (i), la subordination au verbe

II.1.4.1.1 les petits pronoms sujets préverbaux

Dans les deux premières phrases, nous remarquons que l´auxiliaire suffixé owan << futur>> ne peut pas être placé avant, ou après le nom. C´est à dire entre eux et le verbe, alors que dans les trois dernières phrases, l´auxiliaire peut être placé entre le pronom sujet et le verbe

Nous remarquons le même phénomène avec l´auxiliaire yo.

 Exemples en (13), (14a,b,c) :


(13)

yo

 ɓe

njah-owan

 

AUX.

PR .-PERS

V.-IMP -SUFF FUT.

 

-

 ils

iront

 

Ils iront

Mais, il est mieux de dire en (14) :


(14a)

 mi

yah-owan

 

PR.PERS

V.-IMP. –SUFF. FUT

 

 je

irai

 

J’irai

(*ma mi yah-owan)


(14b)

a

yah-owan

 

PR.-PERS

V.-IMP.–SUFF. FUT

 

tu

iras

 

tu iras

(*ma a njah-owan)


(14c)

min

njah-owan

 

PR.PERS

V.-IMP. –SUFF. FUT

 

nous

irons

 

Nous irons

(*ma min njah-owan )

Exemple en (15)  :


(15a)

Aali

yo

sal-ii

 

NOM

 AUX.

V.-IMP.

 

Ali

 a

 refusé

 

„ Ali a refusé“

 mais


(15b)

yo

mi

sal-ii

 

 AUX.

PR.PERS

V.-IMP.

 

 Aux.

j’ai

 refusé

 

„ J’ai refusé“

(*mi yo salo)


(15c)

yo

min

cal-ii

 

 AUX.

PR.PERS

V.-IMP.

 

 Aux.

nous

 refuser -

 

« Nous avons refusé »

(*en yo calo)


(15c)

yo

on

cal-ii

 

 AUX.

PR.PERS

V.-IMP.

 

 _

vous

 refusé

  

Vous avez refusé

(*on yo calo)

II.1.4.1.1.2. Les pronoms sujets longs

Ils satisfont aussi aux premières conditions. Cependant, contrairement aux pronoms sujets courts, il est possible de faire précéder des particules locatives et ou deictiques avant les pronoms sujet et le verbe.

(17) na  a yurm –i-ni
 
  • PART.
TU V.-CAUS.-IMP.
  que tu fait pitié
  „ tu fais pitié“
 na  min njah-a
PART. PRON V.IMP.
  nous allons
  „ Nous allons“
(19) na o yah-a
   PART. PR.PERS  V.-PERF.
  que  il  est. allé
  „Il s’en va“

La présence des particules locatives na avant le pronom et le verbe est possible car la particule apparaît comme un clitique, qui est reste quoique intégré au reste de la phrase.C´est un statut de clitique qui fait souvent que na est réduit à ses éléments vocaliques dans la troisième phrase.

Les petits pronoms objets

Il existe en fulfulde, des phrases comme la suite, où l´apparition de l´ordre de l´objet complément est difficile. Des exemples en (20), (21) :

(20) mi hokk-ii maaro hoɓɓ-e
  NOM V.-PERF.
  • NOM
NOM
  je ai donné 
  • riz
 hôtes .
  J´ai donné du riz aux hôtes

(21) 

 mi

holl-ii

Aali

luumo

 

PR.PERS 

V.-PR.PERS

NOM

NOM

 

 je

ai montré 

Ali

marché

  

J´ai montré à Ali le marché

Dans ces phrases, l´ordre du nombre de sujet ne peut pas être interverti. Cependant, quand nous avons replacé des noms en deuxième position avec des pronoms correspondants, ceux-ci sont obligatoires dans la première position à condition que le nom hoɓɓe <> soit de retour et Ali serait repris avec le pronom.

Exemples en (22), (23) :

(22) mi hokk -ii ɗum hoɓɓ-e
  NOM V.-PERF.
  • PR.PERS
NOM
  je ai donné 
  • cela
 hôtes .
  J´ai donné cela aux hôtes
(23) mi hokk -ii ngo hoɓɓ-e
  NOM V.-PERF.
  • PR.PERS
NOM
  je ai donné 
  • l´ai
 hôtes
  Je l´ai donné aux hôtes

La fonction de cette contrainte est de contenir plusieurs possibilités de clitiques proche des conditions du verbe .

II.1.4.1.2. Les pronoms clitiques forts

Les pronoms clitiques forts remplissent les quatre conditions qui sont précitées au début. Ce sont des sujets pronoms postposés et la forme allongée de la deuxième personne. (ɗaa) et de la troisième personne du singulier objet (ɗon).

II.1.4.1.2.1. Le pronom sujet postposé

Exemples

(24) nja-ru-mi de mbelt - u -mi
V.-PERF.-PR.PERS PREP. V.-PERF.-PR.PERS
j´ai bu et je suis content
„ J´ai bu et je suis content“
(25) nja-ru-ɗ-aa de mbelt-u-ɗ-aa
  V.-PERF.-PR.PERS PREP. V.-PERF.-PR.PERS
  tu as bu et tu es content
  Tu as bu et tu es content
(26) nja-ru-ɗ-en de mbelt-u-ɗ-en 
  V.-PERF.-PR.PERS  PREP. V.-PERF.-PR.PERS 
   nous avons bu  et  tu sommes contents  
  „ Nous avons bu et nous sommes contents“
(27) nja-ru-ɗ-on de mbelt-u-ɗ-on 
  V.-PERF.-PR.PERS  PREP. V.-PERF.-PR.PERS  
   vous avez bu  et vous êtes contents 
  „Vous avez bu et vous êtes contents“

Ces pronoms sont ainsi reliés aux verbes et forment ensemble avec ceux-ci une unité phonologique qui est matérialisé dans l´orthographe avec un trait d´union. A l´exception de la première personne du singulier mi « je », toutes les autres personnes peuvent être découpés du verbe par une des formes allongées de la deuxième et de la troisième personne du singulier objet. Nous connaissons d´autre part que la position post-verbale n´est pas une position idéale de sujet, le fulfulde est une langue de type SVO, le substantif sujet peut venir toujours avant le verbe dans une phrase non emphatique. 

II.1.4.1.2. 2. Mo et ma

Les objets clitiques forts sont des pronoms de la deuxième et de la troisième persone du singulier. Mo << troisième persone du singulier >> apparaît seulement dans le contexte où le pronom mi <> est antéposé.
Exemples :

(28) Aali suud-ii mo jal-tin mi mo
  NOM V.-PERF. PR.PERS V.- PERF. PR.PERS
  • PR.PERS
  Ali a caché lui faire sortir je
  • lui
  „ Ali l´a caché et je l´ai fait sortir.“
(29) kaal-an-ma mi tan ni nju´u ɗ´aa kaanɗ-u-ɗ-aa  
  V.-IMP.-PR.PERS PR.PERS PR.PERS PREP. V.-PERF.-PR.PERS V.-PERF. -PR.PERS  
  j´ai parlé lui cela et. puis tu es surpris faire des crises tu
  „ je t´ai seulement parlé et puis soudain tu as fait des crises“

La postposition de mi <> permet aussi l´apparition de maa <> :(30)

(30) Aali suud-ii mo faa weeti jal-tin mi mo
  NOM V.-PERF. PR.PERS
  • jusqu´à
  • matin
V.- PERF. PR.PERS
  • PR.PERS
  Ali a caché lui a. caché lui faire sortir je
  • lui
  „Ali l´a caché jusqu´au matin et je t´ai fait sortir“
(31) kaal-an-ma mi tan kaanɗ-u-aa
  V.-IMP.-PR.PERS PR.PERS PR.PERS V.-PERF. PR.PERS
  j´ai parlé lui cela tu as fait des crises
  „ je t´ai seulement parlé et puis tu as fait des crises“

Mo apparait seulement lorsque mi est postposé, mais la présence seulement de P2 peut conditionner l´apparition de ma

Exemples :

(32) ko e ɗume Aali naw-n-iri ma ?
  PRED. PREP. ADJ.INT. NOM V.-CAUS.-PERF. PR.PERS
  c´est avec quoi Ali a.blessé-moyen toi
  C´est avec quoi Ali t´-as blessé ?
(33) wo sawru Aali naw-n-iri ma ?
  PRED. NOM NOM V.-CAUS.-PERF. PR.PERS
  c´est bâton Ali a blessé toi
„ C´est avec un bâton que Ali t´as blessé“
(34) ko Aamadu nodd-ii ma
  PRED. NOM V.-PERF. PR.PERS
  c´est Amadou a appelé toi
  C´est Amadou qui t´as appelé“
II.1.4.1.2.3. L´apparition de l´ordre des clitiques préverbaux

Si nous représentons l´objet clitique avec Clo, le sujet clitique avec Cls et le verbe avec V, nous pouvons schématiser l´ordre d´apparition des clitiques postverbaux avec l´hexagone suivant :

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Ce schéma est soumis aux conditions suivantes :
_Clo humain est apparu avant Clo non humain
Ce sont quatre possibilités de combinaison selon l´hexagone. Chaque combinaison est illustré par un nom.
Partie supérieure de l´hexagone.

V- Cls - Clo

(35) kaal-an-mi mo ɗum
  V.-IMP.-PR.PERS PR.PERS PR.PERS
  j´ai parlé lui cela
  „ Je lui ai parlé de cela“

V- Cls-Clo-Clo

(36) kokku-ɗaa mo ngel
  V.-PR.PERS PR.PERS PR.PERS
  j´ai donné lui cela
  „ Tu le lui as donné“

En dessous, un découpage de l´ Hexagone :
V - Clo -Cls

(37) cuu-ɗu-mi mo
  V.-PR.PERS PR.PERS
  j´ai donné lui
  „ Je l´ai caché“

V - Clo - Cls – Clo

(38) cuu-ɗu-ma mi mo
  V.-PR.PERS
  • PR.PERS
PR.PERS
  j´ai caché te lui
  „ Je te l´ai caché“

La condition qui concerne l´apparition de l´ordre des clitiques postverbaux montrent que ceux-ci peuvent être déjà employés dans une phrase qui est illustrée à la section des clitiques faibles.

(39) mi hokk -ii hoɓɓ-e maaro
  NOM V.-PERF. NOM NOM
  je ai donné hôtes riz
  J´ai donné aux hôtes du riz

Nous avons dit que, si le deuxième objet non humain est remplacé par un pronom, il se place en première position sous les conditions dont les clitiques concernés satisfont :

(40) mi hokk -ii ɗum hoɓɓ-e ɓe
  NOM V.-PERF.
  • PR.PERS
NOM DET.
  je ai donné cela hôtes les
  J´ai donné cela aux hôtes

Les conditions de l´ordre d´apparition du clitique postverbale prédictées montrent que nous pouvons pronominaliser hoɓɓe <> avec un pronom. Nous revenons à ce pronom qui est relié immédiatement en position postverbale ; cela donne :

(40) mi hokk -ii ɓe ɗum
  NOM V.-PERF.
  • PR.PERS
  • PR.PERS
  je ai donné
  • leur
cela
  Je leur ai donné cela

Pour conclure, même si dans quelques cas extrêmement limités les pronoms clitiques peuvent être séparés du verbe, ils ne peuvent en aucun cas apparaître dans une phrase où le verbe dont ils dépendent est absent, comme le montre l’agrammaticalité des réponses elliptiques (42a,b,c,d,e) et du gapping dans (43 a) par exemple. On remarquera que ceci est vrai même en fulfulde du Burkina-faso où le clitique peut apparaître non contigu au verbe dans les quelques cas que nous venons de discuter .

(42) a ɗume Issa yi´ii ? *nde /*mi [ que voit Issa ? *le./*me]
b. *Ali na yi´a nde/kam [= Ali le/me voit]
c. *e moy haaldi mo Aali ? [A qui lui parle Ali ?]’
d. *kamɓe./*moi. [‘leur. / moi.’]
(43) *Aali nde yi´i, dey Sali yi´i nde/miin [= Ali voit le, et Sali voit le/me]

De même, les clitiques ne peuvent être directement cliticisés à une catégorie autre qu’un verbe, même si celle-ci peut régir un SP plein qui correspond à ce clitique. C’est ce que montrent des exemples comme les suivants, où, comme indiqué en (44a,b), le clitique est sémantiquement le complément d’objet indirect de l’adjectif attribut, mais doit cependant avoir le verbe copule comme hôte.

(44) jaanɗe na naand-i tiiɗ-an-de e Aadu
  NOM PART. V.-IMP. V.-BEN.-IMP. PREP. NOM
  étude être semblent difficile à Aadu
  Les études semblent difficiles à Ali
(45) jaanɗe na naand-i tiiɗ-an-de mo
  NOM PART. V.-IMP V.-BEN.-IMP. PR.PERS
  étude être sembler difficile lui
  Les études lui semblent difficiles

*jaanɗe na mo naandi tiiɗugol
Enfin, même en l’absence de verbe, un adjectif épithète ne peut régir un clitique complément d’objet indirect en (46a,). On doit recourir à une forme forte introduite par une préposition (46b).
(45) a. * jaanɗe na mo tiiɗani
b * jaanɗe tiiɗude e makko

II.1.5 La montée des clitiques

En fulfulde, il existe des classes de verbes qui régissent des SV non finis et qui autorisent ou exigent que les compléments du verbe régis soient cliticisés sur le verbe recteur et non sur le verbe dont ils sont un argument sémantique. Dans les exemples en (47a,b), le pronom est l’argument du verbe enchâssé jaangude « lire » mais il doit se cliticiser sur le verbe recteur hebugol « avoir ». En (47c), le pronom argument du verbe enchâssé peut se cliticiser soit sur celui-ci, soit sur le verbe recteur avoir. Ce phénomène est traditionnellement désigné par le terme de ‘montée des pronoms clitiques’.

(47a) Ali hebb-ii dewtere nde
  NOM V.-PERF. NOM DET
  Ali a eu livre le
  Ali a eu un livre
(47b)
Ali
hebb-ii
nde
 
NOM
V.-PERF.
PR.PERS
 
Ali
a eu
le
 
« Ali l’a eu »

*Ali nde hebb-ii

(47c) Ali na yiɗ-i hebb-ude dewtere nde
  NOM PART V.-IMP. V.-IMP. NOM PR.PERS
  Ali être veut avoir livre le
  Ali veut avoir le livre
(47d) Ali na yiɗi jaang-ude nde
  NOM PART V.-IMP. V.-IMP. PR.PERS
  Ali être veut lire le
« Ali veut le lire »

*Ali na yiɗi nde hebbude

Il est intéressant notamment de contraster (47b). En effet ce dernier montre qu’ en fulfulde, dans les temps composés avec participe passé, l’impossibilité de conserver les clitiques sur le verbe plein ne peut s’expliquer par une incompatibilité du pronom clitique avec la forme même du participe passé. Elles montrent que la position spéciale des clitiques dans ces structures est une conséquence d’un phénomène plus général d’héritage des arguments du verbe non fini par le verbe recteur.
Enfin, on notera que lorsqu’il y a plusieurs clitiques arguments d’un même verbe, ils ne sont pas libres de monter indépendamment les uns des autres. Si l’un des clitiques monte, les autres doivent le suivre (“bandwagon effect”), comme cela est illustré par les exemples (48a), (48b) :

(48a.) Ali na yiɗ-i hokk-ude ɓe nde
  NOM PART V.-IMP. V.-INF. PR.PERS PR.PERS
  Ali il vouloir donner leur le
  « Ali veut le leur donner »

*Aali na yiɗi ɓe hokkude ɗum

(48b) Muusa na yiɗ-i holl-ude ɓe o
  NOM PART. V.-IMP. V.-INF PR.PERS PR.PERS
  Ali il veut montrer leur lui
  « Moussa veut le leur montrer »

*Muusa na yiɗi o ɓe hollude

(48c) * Sali yiɗi mo- o hoowude « Sali veut marier – lui-la »

(48d).*Issa ɗum –makko sonnirde « Issa vend –cela- lui »

L’ensemble des données discutées ici montre clairement que les pronoms clitiques dans le fulfulde sont des clitiques spéciaux au sens de Zwicky (1977), puisqu’ils n’apparaissent pas dans la position des syntagmes pleins qui leur correspondent. Cependant, le principe de positionnement des clitiques fait référence à des propriétés syntaxiques (contiguïté au verbe) et morphosyntaxiques (forme finie, non finie, impérative) et non prosodiques. Ceci nous fournit donc un premier argument en faveur de l’idée que les pronoms clitiques doivent en fait être analysés comme des affixes flexionnels du verbe dans une langue comme le fulfulde du Burkina Faso. De plus, le fait que les clitiques doivent être contigus au verbe montre qu’ils sont très sélectifs quant à la catégorie syntaxique de l’élément auquel ils s’attachent, caractéristique typique des affixes et non des clitiques selon les critères de Zwicky et Pullum (1983) .

On peut suggérer suivant Fontana (1993, 1996) que les pronoms clitiques étaient au contraire de véritables clitiques spéciaux. On peut partir sur la base de l´affirmation de Fontana pour dire que les clitiques se placent syntaxiquement avant le verbe ou lui sont suffixés mais qu’ils sont, par défaut, prosodiquement enclitiques. Le verbe étant le premier élément de la phrase, mais pouvant être précédé d’un constituant dans une position initiale. Ainsi on obtient des exemples comme les suivants, inspirés de ceux de Fontana (1996 : 55 ; 1993 : 20).

(52a)  dey ko  ɓe  kok-an  ɗum yimɓe wuro ngo
  PRED. PRED. PR.PERS V.-IMP. PR.DEM  NOM NOM DET.
   mais que  ils  donnent  cela  gens village le
 « Mais qu´ils le donnent aux gens du village »
(52b) dow ɗum   kaɓd-u -ma mi  yeeso  laam-ɗo o
  ADV.L PR.PERS. V.-IMP.-PR.PERS PR.PERS ADV.L NOM.-CL.NOM DET.
  sur cela  affronte-toi me  devant roi le
  « sur cela, je t´affonte devant le roi »
(52 c) hooy-u-mi  mo  dagum  mawn-iiwo
  V.-PERF.-PR.PERS  PR.PERS COMP.  NOM.-CL.NOM
   je considère  lui  comme  frère
  « Je le considère comme un frère »
(52d)  saabe   ke  on  kulɓ-in-ii  ɓe
   CONJ.S  CONJ.S PR.PERS V.-CAUS.-PERF. PR.PERS
   parce que  Part.  vous  effrayer-avoir  les
   « parce que vous les avez effrayé »

En (52a), on a une subordonnée et l’élément en position initiale est le subordonnant que.En (52b), le SN objet est dans la position finale et en (52c), c’est le verbe lui-même qui occupe cette position. L’exemple (52d) est intéressant car il montre un cas d’interpolation. De tels exemples sont possibles à cette époque parce que la structure syntaxique des subordonnées offre une position préverbale où apparaît le sujet on/ vous qui sépare le clitique ɓe/les du verbe. 

III.2 Le redoublement des SN ou SP pleins par des pronoms clitiques

En Fulfulde, on constate une distribution complémentaire entre les pronoms clitiques et les syntagmes pleins correspondants, ce qui est illustré en (53 a, b, c, d).

(53a)  Aali jaang-i dewtere nde
  PR.PERS V.-IMP. NOM DET.
  Ali  lit livre le
  « Ali lit le livre »

(53b)
 Aali jaang-i nde
  PR.PERS V.-IMP. PR.PERS
  Ali  lit le
  « Ali le lit »
(53c)  Aali jaang-i nde dewtere nde
  PR.PERS V.-IMP. PR.PERS NOM DET.
  Ali  lit le livre le
  « Ali le lit le livre »

 *Aali nde jaangi nde dewtere


(53d)
 Aali na wiɗ jaang-ude nde, dewtere nde
  PR.PERS PART. V.-IMP. V.-IMP. PR.PERS NOM DET.
  Ali il veut  lit le livre le
   « Ali veut le lire, le livre »

La phrase (53c) est un cas où le SN objet direct le livre est dit ‘doublé’ par un clitique coréférent le. Il faut distinguer ce cas de celui de la dislocation à droite donné en (53d). La différence de statut est indiquée à l’écrit par la virgule, qui marque une rupture intonative entre la phrase et le syntagme disloqué, cette rupture étant absente en (53c). Les phrases avec redoublement par un clitique sont considérées comme inacceptables en fulfulde standard normatif. La phrase avec dislocation (53d) est parfaitement grammaticale, bien que leur utilisation en discours soit soumise à certaines conditions. Les données sur cette question sont extrêmement complexes, d’une part parce qu’elles sont soumises en fulfulde, à de fortes variations selon les dialectes et les registres, et d’autre part parce que la possibilité du doublement est liée en partie à des facteurs pragmatiques et discursifs complexes, ce qui rend incertains les jugements sur les phrases hors contexte.

Conclusion

Les pronoms clitiques de manière générale et en particulier ceux de la langue fulfulde ont fait l’objet de nombreux travaux. Cependant, on n’a pas toujours suffisamment mis en lumière leur rôle clef pour la compréhension des propriétés des interfaces entre les composants de la théorie linguistique. Les études précédentes se sont généralement focalisées sur un seul aspect de la cliticisation, le plus souvent sur les phénomènes syntaxiques, en négligeant les propriétés morphologiques et phonologiques.
Dans cette étude, nous avons essayé de donner une vue d’ensemble de la complexité des données, en prenant en compte à la fois les propriétés syntaxiques, morphologiques et phonologiques des pronoms clitiques en fulfulde. Ce survol fait clairement apparaître le défi posé par ces éléments aux théories grammaticales. Leurs propriétés morphophonologiques doivent être réconciliées avec leurs caractéristiques syntaxiques. Ainsi, les clitiques constituent un domaine d’une importance cruciale pour comprendre les interactions entre les différents modules de la grammaire et leur organisation interne. C’est dans cette perspective qu’il nous semble pertinent de les étudier.

Les données que nous avons présentées font apparaître un grand degré de variation dans les comportements des pronoms clitiques, à la fois au sein de la langue fulfulde. De ce point de vue, ce domaine constitue un champ d’investigation particulièrement riche pour la problématique de la variation, à la fois synchronique et diachronique, au sein d’une langue comme le fulfulde ayant des dialectes proches. Au vu de la variation constatée, il semble très difficile de soutenir que les clitiques correspondent à une catégorie unitaire définissable de façon uniforme. Cependant, nous croyons qu’il y a une tendance en fulfulde, à ce que les pronoms clitiques se comportent comme des éléments morphologiques. En particulier, nous concluons que leurs propriétés sont très proches de celles des affixes flexionnels et des classes nominales. Nous pensons que des recherches futures pourront montrer de façon plus convaincante que les clitiques dans ces conditions peuvent déboucher sur la dislocation et les structures informationnelles. C´est ainsi Givon (1976) dans son étude, propose que l’accord se développe d’abord avec les arguments qui sont les plus susceptibles d’être des topiques.

Tableau  : Matrice positionnelle des clitiques en fulfulde portant sur le modèle de (Perlmutter 1970 : 226)

Position

I

II

III

IV

V

VI

VII

 

mi (je)

taa (ne.pas)

kam (me)

 ndu.(le)

kanko(lui)

ley.(y)

ley (en)

 

a.(tu)

ma (te)

nde (la)

kambe.(leur)

 

 

à.

 

mo. (il),

o (elle)

min (nous)

anon (vous)

be.les

 

 

 

dum.(on)

en (vous)

 

 

 

 

 

 

etc.

 se

 

 

 

 

 

bibliographie

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Fontana, Josep M. (1993). Phrase Structure and the Syntax of Clitics in the History of Spanish. Thèse de doctorat non publiée, University of Pennsylvania.
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Kayne, Richard S. (1975). French Syntax : The Transformational Cycle. Cambridge, Ma : MIT Press. Traduction française : syntaxe du français. Paris : Le Seuil.
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Sylla, Yéro. (1982). Grammaire Moderne du pulaar . Dakar, Abidjan et Lomé Nouvelles Editions Africaines du Sénégal (NEA)
Zwicky, Arnold M. (1977). On Clitics. Bloomington, In. : Indiana University Linguistics Club.

Zwicky, Arnold M. et Pullum, Geoffrey K. (1983). English : cliticization and inflection Language 59.3, 502-513.

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