CONNAISSANCES POUR LE DEVELOPPEMENT

Semestriel N°005    

ISSN : 0796-692X

Analyse synchronique et polysémique des notions de topic et de focus en fulfulde du Burkina-Faso   {id_article}   par Dr. Diallo Adama

Résumé

Le but de cet article est de montrer que les notions de « prédication » et « d’emphase » sont au cœur de la construction des valeurs topicales et focales. Elles sont employées par les linguistes du cercle de linguistique de Prague pour montrer que la présupposition est ce qui est à propos d´une expression (comme contrasté pour commenter), et l’emphase est ce qui est souligné dans l’expression (comme contrasté au fond). Ces deux concepts qui ont été établis comme moyens de base d’analyse d´une phrase permettent de construire plusieurs schémas de phrases impliquant le terme extraposé et ses référents anaphoriques. Dans la littérature plus récente, certains linguistes ont montré que cette paire de concepts « prédication » et « d’emphase » s’appuie sur l’analyse des éléments de la structure informationnelle et la structure communicative des phrases pour générer plusieurs types de focus et de topics. Ainsi nous devons nous attacher à démontrer que la prédication doit être obtenu de quelque chose connu et agrée (préssupposition) sur quelque chose de nouveau et instructif et « c’est la nouvelle information » qui est principalement soulignée(emphase) ; de sorte que prédiction et emphase émergent comme deux aspects d’un simple modèle d’articulation.

Mots clés

Préssupposition, l´expression focale, nouvelle information, emphase, élément prédicatif et rhématique

Summary

The purpose of this paper is to show that the notions of "preaching" and "emphasis" are at the heart of the construction and topical focal values They are used by linguists of the Prague linguistic circle to show that the assumption is that this is about an expression (as contrasted to comment), and the emphasis is what is emphasized in the expression (as contrasted at the bottom). These two concepts that have been established as a basic means of analysis of a sentence can build several patterns of sentences involving the term and its referents extraposed anaphoric. In more recent literature, some linguists have shown that this pair of concepts "preaching" and "emphasis" is based on the analysis of elements of the informational structure and the communicative structure of sentences to generate several types of focus and of topics. Thus we must work to show that preaching must be obtained from something known and approved (préssupposition) on something new and informative and that is "new information" that is mainly emphasized (emphasis added), so that prediction and emphasis emerge as two sides of a simple model of articulation.

Keys words

the accentuated intonationality, the accidental surplus, essential constituting, focal expression, point of an expression, new information, extra-predicative, rhématic element.

Introduction

L’étude des caractéristiques du focus et du topic dans le fulfulde cherche à démontrer la pertinence des facteurs interactionnels avec la structure informationnelle à travers une description détaillée des constructions topicales et focales du fulfulde. L’étude vise à construire un système pragmatique de phrases préssupposées capable d’impliquer le terme extraposé et ses référents anaphoriques dans plusieurs schémas de phrases.

Les objectifs consistent à déterminer les différents niveaux syntaxiques du topic et du focus qui ont un statut à la fois morphosyntaxique et interactif. La problématique consiste à montrer que l’analyse des données interactives met en question le postulat selon lequel l’utilisation du focus et du topic s’expliquerait par son rôle de présupposition de l’information et de sa structuration dans le discours.
La première partie de la méthodologie porte sur la construction prédicative et emphatique qui fournit les bases thématiques nécessaires pour les types de focus et de topique à travers les schémas de phrase. Cela pourrait sembler être cette matière (ce qui est au sujet de l’expression) est quelque chose largement indépendant de la clivée (conçue en tant que celui qui stresse les efforts d’expression).
La deuxième partie de la méthodologie offre diverses applications des marqueurs topicaux et focaux d’énoncés disloqués à travers la construction des phrases prosodiques et intonatives.

Les hypothèses montrent qu’une analyse des activités sociales fondées sur les facteurs interactionnels et prosodiques de l’information peut faciliter la nouvelle promotion au statut intonatif et prosodique du topique et du focus.
Nous allons d’abord procéder à la définition du cadre théorique, ainsi qu’ à l’analyse des notions de « prédication » et « d’emphase, en montrant comment la définition de ces deux notions permet de générer une base thématique pour la création de plusieurs types de focus et de topic ; celle de la structure informationnelle et communicative et enfin les notions de saillance thématique et saillance rhématique du référent.

1.Analyse du cadre théorique

Le terme de prédication est comparable à ce que les pères de l’école linguistique de Prague voudraient nous indiquer comme étant le noyau plausible de la notion de l’emphase. Dans le sens le plus habituel, la présupposition est ce qui est à propos d´une expression (comme contrasté pour commenter), et l’emphase est ce qui est souligné dans l’expression (comme contrasté au fond). Commençons par la notion de la matière ou prédication, de "cela au sujet duquel une expression (ou une phrase) est". Pour être sûr, l’emphase est souvent conçue aujourd’hui comme quelque chose qui se produit seulement dans quelques expressions, et qui devient particulièrement approprié en combinaison avec les marqueurs d´emphase ou marqueurs intonatifs (c.-à-d. particules comme seulement, même, également c’est…que/qui etc.). Le clivage dit alors quelque chose au sujet de l’entité indiquée ainsi par la matière (prédication) (habituellement sans présupposer n’importe quoi) et développe un nouveau thème (prolongeant la partie commune). L’information nouvelle prise comme noyau de l’expression, n’est pas de l’excédent accidentel de certaines expressions mais un constituant essentiel de chaque expression significative de "l´expression focale" et la préssupposition peut être vue comme la seule manière de marquer l’information nouvelle. Cependant, la vue préconisée ici est basée sur la conviction que toutes les expressions ont une "logique" qui empêche ces deux choses d’être totalement indépendantes. Le point d’une expression doit être obtenu de quelque chose connu et agrée (préssupposition) sur quelque chose de nouveau et instructif et « c’est la nouvelle information » qui est principalement soulignée(emphase) ; de sorte que prédiction et emphase émergent comme deux aspects d’un simple modèle d’articulation.

1.1 Analyse des notions interactives des notions de prédication et d’emphase

Nous allons envisager l’analyse des notions de « prédication » et « d’emphase » tout en considérant les rapports qu’ils entretiennent. Les définitions de la notion de prédication sont nombreuses : nous nous contenterons de rappeler celles qui se situent dans une perspective informationnelle, en retenant celle(s) dont la mise en relation avec la notion de cadre est pertinente. Parmi les définitions les plus fréquentes dans la littérature, on mentionnera les suivantes :

ce dont on parle (« aboutness », « à-propos ») : une telle approche correspond au topique chez Lambrecht (1994) et chez Dik (1997) :

(1 )

buuru

joor+ɗo,

mi

ɲaam+ii

ɗum

sanne

 

nom

adj.+cl.nom

pr.pers

v.+perf.

pr.dem

adv.tps

 

pain

sec

je

ai mangé

en

beaucoup

 

Du pain sec, j’en ai beaucoup mangé

b) le point de départ psychologique et/ou positionnel : cette définition rejoint celle du thème chez Halliday (1994)

( 2 )

mi+in,

buuru

am

won

ɓur+uɗo

yooru+de

 

pr.pers+suff.

nom

adj.poss

aux.

superl.+cl.nom

adj.+inf

 

moi

pain

mon

est

le plus

sec

 

Moi, mon pain est le plus sec

c) l’élément peu informatif  : il s’agit du thème dans les travaux développés par l’école de Prague, puis par Firbas (1992), le caractère plus ou moins informatif étant formulé en termes de degré de dynamisme communicatif.

(3)

bangal

am,

mi

ɲaam+ii

buuru

joor+ɗo

 

pred.

adj.poss

pr.pers

v.+perf.

nom

adj.+cl.nom

 

quant à

moi

je

ai mangé

pain

sec

 

Quant à moi, j’ai mangé du pain sec

d) l’élément connu  : une telle approche correspond en fait souvent à un amalgame entre statut informatif et accessibilité cognitive, celle-ci n’étant en fait qu’une caractérisation plus ou moins nécessaire du topique tel qu’il a pu être défini ci-dessus.

(4)

suka

o,

o

ɲaam+ii

buuru

joor+ɗo

 

nom

det.

pr.pers

v.+perf.

nom

adj.+cl.nom

 

enfant

le

il

a mangé

pain

sec

 

L’enfant, il a mangé du pain sec

e) la notion de cadre : c’est en ces termes que Chafe (1976) propose de définir le topique. Cette définition constituera précisément l’un des points principaux de discussion dans les lignes qui suivent.

(5)

ɲaand+em,

Aali

ɲaam+n+ii

kam

buuru

 

nom+adj.dem

nom

v.+caus.+perf.

pr.pers

nom

 

jour-ce

Ali

a fait manger

moi

pain

 

Ce jour là, Ali mʼa nourri avec du pain

Les définitions de la notion « d’emphase » sont également nombreuses : nous nous contenterons de rappeler celles qui se situent dans une perspective informationnelle, en retenant celle(s) dont la mise en relation avec la notion de préssupposition est pertinente. Parmi les définitions les plus fréquentes dans la littérature, on mentionnera les suivantes ;

a) Celle de Creissel (1978 :108)

„La focalisation permet de mettre en relief un mot ou un groupe de mots par opposition à un autre. Il permet aussi de mettre en valeur le caractère prosodique de la phrase. Il existe deux types de focalisation : la focalisation peut être véhiculée par la syntaxe, via un processus d’extraction syntaxique (« c’est x qui/que ») ou par la prosodie (« X a fait quelque chose ») avec un contour intonatif portant un focus sur l’élément à désigner. En faisant le point sur la définition de la focalisation de Creissel, nous pouvons dire que le terme focalisation renvoie à au moins deux notions relevant de domaines différents :

En (6a,b), il peut en effet désigner un statut cognitif : un élément est en focus s’il est le plus actif dans la représentation mentale du locuteur (ou du destinataire) :

(6a.) ley suudu ndu’+u, buuru na ɲaam+ee to+on
  adv.l nom ADJ.dem+suff. nom part. v.+pass. adv.l+suff.
  dans maison cette pain est mangé y
  Dans cette maison, du pain y est mangé
(6b.) ley suudu ndu’+u, wo buuru ɲaam+eete to+on
  adv.l nom ADJ.dem+suff. PRED. nom v.+pass. adv.l+suff.
  dans maison cette c’est pain qui est mangé y
  Dans cette maison, du pain y est mangé
b) Celle de Vikner (1973).

Le terme focalisation peut en effet désigner un statut cognitif : un élément est en focus s’il est le plus actif dans la représentation mentale du locuteur (ou du destinataire) : « Il est évident que si le clivage exprime une identification, il faut bien que le syntagme focalisé permette cette identification. Il faut que le focalisé réfère à un objet, un lieu, une cause, etc. Cela veut dire que les mots qui n’ont pas de référence ne peuvent pas servir de focus ». (Vikner (1973 : 226) cité selon Hobæk Haff (2005)) :

(7) wo Aali sall+ii ɲaam+ude buuru joor+ɗo
  pred. nom v.+perf. v.+inf. nom adj.+cl.nom
  c’est Ali a refusé manger pain sec
  C’est Ali qui a refusé de manger du pain sec
(8) Muusa wo kaŋ+ko ɲaam+ii buuru joor+ɗo
  nom pred. pr.pers+cl.nom v.+perf. nom adj.+cl.nom
  Moussa c’est lui a mangé pain sec
  Moussa c’est lui qui a mangé du pain sec

Selon la première interprétation en (275) il s’agit d’une phrase clivée qui sert à identifier le focus, qui est accentué. Celui-ci apporte l’information nouvelle, alors que le contenu de la subordonnée est en principe présupposé :

(9) wo rew+ɓe ɓe ɲaam+at+a buuru ley suudu
  pred. nom+cl.nom det. v.+imp. nom adv.l nom
  ce sont femmes les mangent pain dans maison
  Ce sont les femmes qui mangent du pain dans la maison
c) Celle de Lambrecht (1998)}

Un autre élément y joue un rôle non négligeable : il s’agit de la complexité constitutive de la structure informationnelle, qui implique la prise en compte de marques formelles relevant des dimensions linguistiques (syntaxe, sémantique, etc.) et de phénomènes cognitifs :

“The difficulties encountered in the study of information structure are in part due to the fact that grammatical analysis at this level is concerned with the relationship between linguistic form and the mental states of speakers and hearers and that the linguist dealing with information structure must deal simultaneously with formal and communicative aspects of language” (Lambrecht, 1994 : 1).
Une telle complexité, non maîtrisée, risque d’engendrer des confusions entre formes et fonctions, voire dans certains cas entre phénomènes linguistiques et phénomènes discursifs.

Un élément peut en effet désigner un statut cognitif : un élément est en clivage s’il est le plus actif dans la représentation mentale du locuteur (ou du destinataire). Cette perspective attentionnelle est adoptée en intelligence artificielle, ainsi que dans la théorie du Centrage. L’emphase correspond par ailleurs à un statut informatif : il s’applique alors à l’élément porteur d’information nouvelle, et, dans ce contexte, la clivée est souvent le complément du topique. Enfin, et cette approche est en partie liée à la précédente, l’emphase peut désigner une proéminence prosodique. Il s’agit selon Lambrecht (1994)) de l’élément dont la mise en relation avec le reste de l’énoncé rend ce dernier informatif.

(10a.)  Muusa waɗ-aama  laam-iiɗo wuro ngo  ley Barkoundouba
  NOM V-PASS NOM-CL.NOM  NOM DET. ADV.L NOM
  Moussa a été nommé dirigeant  village  de à Barkoundouba 
  Moussa a été nommé chef de village à Barkoundouba

Il ne peut être facilement détaché, notamment en position frontale

(10b.)  ley Barkoundouba,  Muusa waɗ-aama laam-iiɗo  wuro ngo
  ADV.L  NOM NOM V.-PASS NOM-CL.NOM NOM DET.
  dans  Barkoundouba Moussa a été nommé dirigeant  village le
  A Barkoundouba, Moussa a été nommé chef de village
d) Etude des notions de clivée selon Yéro Sylla (1993)

L’ordre des mots dans les constructions clivées est relativement fixe. En fulfulde, les énoncés à focalisation manifestent la dissociation inhérente à la focalisation du noyau assertif et du noyau prédicatif. En effet, l’emploi de l’une ou l’autre particule focalisante (toujours placée en fin d’énoncé) permet d’indiquer la portée de la focalisation soit sur l’identification (wo kanko ɲaamii – « c’est lui qui a mangé ») en (11) soit sur la relation prédicative préconstruite : ‘(wo ɲaamndu ndu o ɲaamii) « c’est le repas qu’il a mangé » ou avec la particule wo pour manifester le caractère constrastif :

(11a) wo ɲaam+du ndu  o ɲaam+ii ndu
  cliv.1 nom.+cl.nom pr.rel pr.pers v.+perf. DET.
  c’est repas que il a mangé le
  C’est le repas qu’il a mangé
(11b) wo Saadu ɲaam+ii ɲaam+du ndu
  cliv.1 nom v.+perf. nom.+cl.nom pr.rel
  c’est Sadou a mangé repas il
  C’est Sadou qui a mangé le repas
e) Etude des notions de clivées selon Morel & Danon-Boileau, (1998 : 65).

Par rapport à l’organisation informative des clivées, nous avons constaté que la phrase clivée introduite par le prédicatif wo est mise au premier plan, parce qu’il est envisagé comme étant, « le seul dans la classe paradigmatique d’arguments nominaux (ou de circonstants) ouverte par le prédicat à valider la relation définie dans le rhème » Ainsi en (12) les termes focalisés « Aali » et « sukaaɓe » sont alors considérés comme les constituants les plus informatifs de tout l’apport de l’énoncé, comme les informations les plus proprement nouvelles de l’énoncé, et donc comme l’élément essentiel de l’apport informatif de l’énoncé, auquel cas le second élément informatif, c’est-à-dire le contenu du reste de l’énoncé, passe au second plan, devenant ainsi parfois assez proche d’un simple report informatif. La phrase clivée prend alors souvent une valeur contrastive, comme on peut le voir dans ces emplois et correspond à ce que les linguistes ont l’habitude, à tort, de considérer, comme la seule et véritable valeur des phrases clivées, alors qu’elles sont susceptibles d’avoir d’autres valeurs particulières :

(12a) wo Aali ɲaam+unoo buuru joor+ɗo o
  pred. adj.poss v.+perf.+acteur nom adj.+cl.nom DET.
  C’est Aali ai mange+celui pain sec du
  C’est Ali qui avait mangé du pain sec
(12b) wo suk+aaɓe won ɲaam+unooɓe buuru joor+ɗo o
  pred. adj.poss pr.REL. v.+perf.+acteur nom adj.+cl.nom DET.
  C’est Aali qui ai mange+ceux pain sec du
  Ce sont les enfants qui sont ceux qui ont mangé du pain
f) Les « phrases clivées à présupposition informative » selon Ellen Prince (1978).

Selon Ellen Prince (1978:15), il y’a deux éléments informatifs, mais l’un Aali et sukaaɓe (l’agent) sont mis au premier plan parce qu’ils permettent d’introduire le second élément d’apport « buuru » (le patient), un peu comme un support introduit un apport, avec cette différence toutefois qu’il est posé comme un apport et non comme un support. C’est ce que Ellen Prince a appelé les « phrases clivées à présupposition informative ». Il s’agit alors d’une phrase clivée à constituant clivé de transition en (13) :

(13a) wo baaba Aali ko ɲaam+unoo buuru joor+ɗo o
  pred. adj.poss pr.REL. CLIV.2 v.+perf nom adj.+cl.nom DET.
  C’est Aali qui qui avait mange pain sec du
  C’est le père de Ali qui avait mangé du pain sec

L’élément mis en relief est un GN. [+humain] : baaba Aali « le père de Ali ». Seule la clivée en COD est possible. La clivée en COI est impossible car « ce qui » ne peut pas fonctionner comme un relatif fusionnel en position de sujet. Ce qui provoque une forme agrammaticale en13b) :

(13b)*moɲaam+unoo buuru (ko) wo baaba Aali
PR.DEM V.+PERF.NOM DET CLIV. NOM NOM
celui avait mangé pain celui c’est père Ali

*Celui avait mangé du pain sec c’est que c’est le père de Ali

La clivée à groupe nominal étendu correspondante est acceptable en (14) :

(14) wo buuru luumo joor+ɗo o baaba Aali ɲaam+unoo ni
  pred. nom pr.REL. adj.+cl.nom DET. nom nom v.+perf. PART.
  C’est pain marché sec le père Ali avait mange
  C’est le pain sec du marché que le père de Ali avait mangé

Dans (14), le circonstant appartient au rhème et il tend à jouer le rôle emphatique (c’est sur lui que porterait prioritairement la négation Moussa n’a pas été nommé chef de village à Barkoundouba). Dans la mesure où il spécifie la prédication, l’information véhiculée par le circonstant est interprétée comme centrale, sans toutefois qu’un effet de contraste s’impose. Comme la construction nommer quelqu’un chef de village appelle (avec un titre comme dirigeant) un lieu de nomination, la mention de ce lieu n’est pas ressentie comme s’opposant à une autre. Cet effet n’apparaît que dans (14a,b).

(14a) wo  ley Barkoundouba  Muusa waɗ-aa laam-iiɗo  wuro ngo
  PRED. ADV.L NOM NOM V.-PASS NOM-CL.NOM NOM DET.
  c’est à Barkoundouba Moussa été nommé chef maison la
  C´est à Barkoundouba que Moussa a été nommé chef de village

où l’extraposition en c’est ... que marque une emphase contrastive de type rectificatif (c’est à Barkoundouba, non pas à Ouagadougou, que Moussa a été nommé chef de village).

Si on considère maintenant un énoncé comme :

(14b) Muusa jaɓɓir-aama  e  yimɓe wuro mum  ley Barkoundouba
  NOM V.-PASS PREP.   NOM NOM ADJ.POSS ADV.L NOM 
  Moussa a. été accueilli par   gens village son à Barkoundouba 
  Moussa a été accueilli par les gens de son village à Barkoundouba 

Le locatif est plus mobile, quoiqu’il fasse partie du rhème et tende, ainsi que dans (15a), à jouer le rôle d’emphase. Le complément de lieu n’étant pas appelé par le verbe peut être déplacé, en particulier en position frontale :

(15a)  ley Barkoundouba,  Muusa  ja-ɓɓiraama  e yimɓe  wuro mum
  PREP. NOM NOM  V.-PASS.  PREP. NOM NOM ADJ.POSS
  Adv Barkoundouba  Moussa a. été accueilli par membres  famille son
  A Barkoundouba, Moussa a été accueilli par les membres de sa famille 

Dans ce cas, il prend, comme tous les circonstants initiaux de temps ou de lieu détachés en tête de phrase, une valeur thématique. Le complément de lieu continue néanmoins à participer à la relation prédicative étant donné qu’il spécifie dans quelles circonstances cette relation est vérifiée (circonstances qui s’opposent potentiellement à d’autres dans lesquelles la relation ne serait pas valide). Pour porter ces circonstances au centre de l’attention, on est obligé de recourir à une construction en c’est ... que en (15b) :

 (15b) wo Barkoundouba  Muusa jaɓɓ-aa
  PRED  NOM NOM V.-PASS.
  c´est Barkoundouba  Moussa a été accueilli
  C´est à Barkoundouba que Moussa a été accueilli 

qui marque explicitement un contraste. On notera que ce contraste, comme dans (15c), met en jeu le circonstant plus le reste de la phrase (c’est à Barkoundouba, non pas à Ouagadougou, que Moussa a été accueilli par les membres de sa famille). L’opposition se fait donc à construction égale : elle implique une réplication de la relation prédicative principale (ce n’est pas à Ouagadougou que Moussa a été accueilli par les membres de sa famille). Supposons maintenant que, allumant la radio, je tombe sur les nouvelles et que j’entends :

(15c) ley Barkoundouba, Muusa jaɓɓ-aama
  ADV.L NOM NOM V.-PASS.
   dans Barkoundouba  Moussa été accueilli
  A Barkoundouba, Moussa a été accueilli

avec un à Barkoundouba non accentué et une intonation ascendante suivie d’une pause plus marquée que dans (15b). Dans (15a) comme dans (15c) le circonstant de lieu à Barkoundouba est détaché sauf que, dans (15c), la différence d’intonation et le contexte invitent à un détachement encore plus marqué. Dans (15d), le circonstant demeure lié à la relation prédicative et on s’attend à ce que les propositions suivantes apportent des informations concernant le fait évoqué dans la phrase :

(15d)  ley Barkoundouba,  Muusa  jaɓɓ-aama o haald-ii ɓe
  ADV.L NOM NOM V.-PASS. PR.PERS V.-PERF. PR.PERS
  dans Barkoundouba  Moussa a.été accueilli il a. parlé eux
  A Barkoundouba, Moussa a été accueilli (par les gens de son village). Il leur a parlé 

Dans (15d), le circonstant fixe un repère spatial qui est, par contre, extérieur à la prédication. La preuve en est que la préposition pourrait parfaitement être éliminée et remplacée par unsimple signe de ponctuation (point, deux points, voire même une simple virgule) :

 (15d) Barkoundouba. Muusa jaɓɓ-iraama  e yimɓe  wuro mum
  NOM NOM V-PASS. PREP NOM NOM ADJ. POSS
  Barkoundouba  Moussa a été accueilli   par membres village son
  Barkoundouba. Moussa a été accueilli par les gens de son village  

Cette intonation particulière nous semble correspondre à ce que A.Lacheret, S.Floux & B.Victorri (1998) appellent une "tête" de "période" à l’oral. Par "tête", les auteurs désignent le composant qui précède le "corps" et la "queue" de la période (unité de segmentation du langage parlé). La tête se caractérise par une intonation ascendante et elle marque, expliquent les auteurs, "un cadrage thématique, qui indique le cadre de ce que l’on a à dire (cadrage temporel, spatial, notionnel, modal) et/ou l’entité dont on va parler. (...) Ce marquage (...) est porteur d’informations, tout autant que le rhème, même s’il ne s’agit pas du même type d’information : une telle opération consiste à souligner le cadre ou le référent que l’on va mettre en avant sur la scène verbale" (A.Lacheret, S.Floux & B.Victorri (1998) : 94).

L’enchaînement "tête + corps + queue" correspond à celui proposé par L.Danon-Boileau & M.A.Morel (1998:174) cités par A. Lacheret et alii qui distinguent "préambule thématique + rhème + postrhème". Selon H. Nølke (1994), il permet de mettre en relation les différents éléments qui composent une unité intonative, en particulier la tête (ou préfixe dans cette approche) et le noyau (racine). Ainsi, une égale importance est donnée à chaque partie de l’unité intonative, qui contribue chacune à l’interpétation des mélodies.

(a) avec un circonstanciel détaché, "s’insère plutôt, note Henning Nølke (1994) dans un contexte contrastif du type : Dans l’enclos les moutons s`échangeaient à vil prix, alors que dans le marché ils étaient bien vendus ".

(b), sans détachement du circonstant et inversion du sujet, l’énoncé signifie simplement que Dans le marché, se vendaient des moutons. Cette paraphrase avec se vendre passe nettement moins bien, comme le relève fortjustement H. Nølke (1994) avec (a) : Dans le marché, les moutons se vendaient.

c- Le fait que l’on puisse éliminer la préposition qui est une marque casuelle montre bien que l’on a affaire à un constituant en position extra-prédicative. Les circonstants de temps et de lieu sans préposition détachés dans des phrases nominales initiales abondent dans les conversations courantes des locuteurs fulaphones :
wuro talkaabe hetungo soppiire luumo ngo .nde be mbi´unoo ke ngo heletee yimbe kuli
Le village des pauvres situé à gauche du marché. Les gens ont eu peur lorsqu´ils ont dit qu´ils vont la casser
 Rawtani wawtu gataage. Bilaali, cannoowo yehiinoo fa sonnowa leppi muudumL´an dernier en période de sécheresse. Bilali, tisserand s´en était allé pour vendre ses tissus

2.2 La structure informationnelle de la phrase

Lambrecht (1994) distingue trois types de phrases en fonction de la structure informationnelle qu’elles reflètent : la phrase identificationnelle ("topic-comment"), et la phrase événementielle ("event-reporting") et les phrases spécificationnelles. La phrase "topic-comment" se caractérise par le fait qu’un ou plusieurs de ses constituants ont le statut de topique et que le reste de la phrase donne des informations pertinentes (ou un commentaire) sur la présupposition. Le reste de la phrase "prédique" quelque chose sur la présupposition de l’énoncé.

2.2.1 La phrase "topic-comment" / Structure à focus prédicatif

Pour rappel, la présupposition est ce dont il s’agit dans la phrase (Lambrecht ( 1994) utilise le terme "Aboutness"). Le terme extraposition peut en quelque sorte être défini comme "le sujet de conversation". Dans l’exemple, mon petit enfant de la phrase B peut avoir le statut de prédicatif dans la mesure où il a été introduit comme sujet de conversation dans la phrase A. Le reste de la phrase B donne des informations pertinentes sur la présupposition mon petit enfant.

En évoquant la notion "d’informations pertinentes", on touche à la notion d’emphase. Pour définir la notion de clivée, il est utile de revenir à la notion de présupposition. Par présupposition, l’on entend l’ensemble des propositions que l’interlocuteur est supposé connaître ou admettre pour vraies. La clivée de l’énoncé est définie comme la partie de la phrase qui n’est pas supposée connue au moment de l’énonciation. C’est l’élément non prédictible de l’énoncé qui confère précisément une valeur informative à celui-ci. Dans l’exemple, c’est le fait que l´enfant est tombé malade de fièvre hier nuit qui constitue l’élément inconnu de l’énoncé. La clivée tombe dans ce cas donc sur le syntagme verbal de la phrase (ou sur le prédicat - dans la conception où l’on considère que la phrase se compose du sujet d’une part, et du prédicat, d’autre part). C’est la raison pour laquelle les phrases "topic-comment" sont dites avoir une structure "à focus prédicatif" ("predicate focus" dans la terminologie de Lambrecht (1994)).

(16a.)  ɗume waɗ-ii cuka-lel   ma  ngel  hankin
  ADJ. INT V.-PERF.  NOM-CL.NOM ADJ.POSS  DET.  ADV.TPS
  qu´est –ce que  s’est passé  Enfant  ton  le  hier nuit
  Que s´est-il passé avec ton enfant hier nuit ?  
(16b.) suka-lel  am ngel, wo  naawu heɓ-i (ngel)   hankin
  NOM-CL.NOM ADJ.POSS DET. PRED. NOM  V.-IMP. PR.PERS ADV.TPS
  enfant mon Le c’est maladie avoir  lui hier nuit
  Mon enfant là, il est tombé malade hier nuit  

*cukalel am ngel mo saami naawu keenga

2.2.2 Structure communicative de la phrase

Toute phrase possède une structure communicative, informationnelle, et cette structure permet au locuteur de traduire le sens de la phrase en un message tel qu’il a l’intention de le faire passer. La structure communicative met en jeu différentes valeurs (le prédicatif et la clivée notamment) dont l’organisation peut varier pour produire des énoncés distincts d’un point de vue informationnel.
Nous rappelons les définitions :

  • le prédicatif est le propos de l’énoncé ;
  • le rhème est ce qui est communiqué (quant au thème ou non) ;
  • le focus rhématique est l’élément le plus saillant au niveau informationnel dans le rhème ;
  • le spécifieur modal est la marque de la subjectivité du message (présence du locuteur) ;
  • le spécifieur circonstant indique les circonstances de l’événement ou de l’énonciation ;
  • le spécifieur externe peut être un connecteur traduisant une relation de discours.
(17a) ndeye e toy ƴwoonde  maw-nde nde toɓ-unoo  ni  ?
  ADV.TPS PREP. ADV.L NOM ADJ.-CL.NOM DET. V.-PERF.  PART.
  Quand et  pluie  grande la  avait plu.  là
  Quand et où est ce que la grande pluie était tombée là ? 
(17b) fajiri  suboka, ƴwoonde maw-nde  nde toɓ-iinoo  ley wuro ngo
  ADV.TPS ADV.TPS NOM ADJ.CL.NOM DET.  V.-PASS ADV.L NOM DET.
  très tôt matin pluie Grande la avait plu  dans village le
  `Le matin de bonne heure, la pluie était tombée dans le village´  
2.2.3 L’organisation communicative du discours,

En guise d´argumentation au niveau de la partie portant sur l’organisation communicative et pour mieux comprendre l´aspect informationnel de l’emphase, il s´agira dans un premier temps de faire une rétrospective analytique de la notion en abordant les aspects généraux spécifiques liés à chaque auteur. Au cours de l´analyse et de l´interprétation de la définition de la clivée de l’énoncé et du rhème, nous avons emprunté le point de vue terminologique de Noam Chomsky pour lequel le terme de clivée désigne quasiment la même chose que les mots rhème ou apport informatif. C’est ainsi que dans le courant chomskyen, Ray Jackendoff, qui n’utilise pas le terme de rhème, oppose à la "présupposition d’une phrase", définie comme "l’information de la phrase que le locuteur suppose partagée par lui et l’auditeur" (d’après Jackendoff, (1972, 230)), ce qu’il appelle le "focus de l’énoncé" et qu’il définit comme "l’information de la phrase que le locuteur suppose non partagée par lui et par l’auditeur" (d’après Jackendoff, 1972, 230) et donc comme l’apport informatif de l’énoncé. Knud Lambrecht (1994) définit en effet "le focus comme le complément du topique" (d’après Lambrecht, 1994 : 206). Ainsi, nous allons nous attacher ici à définir quelques unes de ces valeurs communicatives : nous décrirons en particulier la partition thème rhème, les notions de topique, de focus rhématique et de spécifieur communicatif. Nous verrons également une définition de l’opposition donné nouveau et de la focalisation .

2.2.3.1 La structure communicative selon le point de vue de Lambrecht (1994)
2.2.3.1.1 La structure informationnelle de l’énoncé

Premièrement, la structure informationnelle peut être traitée au niveau de l’énoncé, si l’on comprend par énoncé une proposition ou phrase saisie dans un contexte discursif. C’est ce niveau que Lambrecht définit dans la structure informationnelle. Lambrecht (1994) définit la structure de discours (l’information) comme « Information structure : That component of sentence grammar in which propositions as conceptual representations of states of affairs are paired with lexico-grammatical structures in accordance with the mental states of interlocutors who use and interpret these structures as units of information in given discourse contexts (Lambrecht,1994 : 5) ».
Pour Lambrecht (1994), « la structure informationnelle constitue un principe structurant que l’on peut situer dans une grammaire de la phrase comprenant également la syntaxe, la morphologie, la sémantique et la prosodie. A ce niveau, l’analyse de la structure informationnelle se distingue de l’étude sémantique en ce qu’elle ne concerne pas tant l’étude du contenu lexical et propositionnel au niveau abstrait que la manière dont il est transmis ». Pour en rendre compte, Lambrecht (1994) s’appuie sur la comparaison d’énoncé sémantiquement équivalents, mais différents aux niveaux formel et pragmatique. (Lambrecht, 1994 : 6).

Le point crucial de cette définition est que la structure de discours est attachée à la structure lexico-grammatical, à savoir elle doit être linguistiquement observable. En d’autres termes, la structure de discours est reflétée en structures prosodiques et morphosyntaxiques. Ceci mène à la justification de postuler la structure de discours comme composant indépendant de la grammaire plutôt qu’à une structure supplémentaire-linguistique. Ce point est énoncé comme "justement, il n’y a pas de phrase sans morphosyntaxe et sans structure phonologique, également, il n’y a pas de phrase sans structure de l’information" (Lambrecht, 1994:16). La structure de l’information est construite en ajoutant ou en superposant l’affirmation à la présupposition. En tant qu’illustrations simples, des structures de l’information sont exemplifiées de manière suivante en (18a,b) et en (19a,b) :

(18a)  ɗume dagn-ii cuka-lel   ma  ngel  le ?
  ADJ. INT. V.-PERF.  NOM-CL.NOM ADJ.POSS  DET.  PART.
  qu´est –ce que  s’est passé  enfant  ton  le  hier nuit
  Qu´est ce qui est arrivé à ton enfant là ?
 (18b) cuka-lel am ngel goll-ii  sanne  illa keenga
  NOM.-CL.NOM ADJ.POSS DET. V.-PERF.  ADV.MAN ADV.TPS  ADV.TPS 
  enfant mon le a travaillé beaucoup depuis  hier
  J´ai vu l’ enfant travailler beaucoup depuis hier

Présupposition : “ L´enfant du locuteur est un topique du commentaire x”
Assertion : “x = a beaucoup travaillé”
Focus : “ a beaucoup travaillé depuis hier”
Domaine du Focus : VP

(19a) mi yi´ -ii cuka-lel ngel  na goll-a  sanne  illa keenga
  PR.PERS V.-PERF. N.-CL.NOM DET. PART. V.-PERF.  ADV.MAN ADV.TPS  ADV.TPS 
  je ai vu enfant le qui travaille beaucoup depuis  hier
  J´ai vu l’ enfant travailler beaucoup depuis hier
(19b)  cuk-alel am  ngel  wo ngel  naaw -etee
   NOM-CL.NOM  ADJ.POSS  DET. PRED. PR.PERS V.-PASS 
   enfant  mon  le  c’est il est malade 
  Mon enfant c’est qu’il est malade

Phrase : Mon enfant a été malade
Présupposition : “ l´enfant du locuteur a été malade”
Assertion : “x = enfant”
Focus : “enfant”
Domaine du focus : NP
a. Que s´est-il passé ?
b. phrase : [ Mon enfant a été malade].
Présupposition : –
Assertion : “ L´enfant du locuteur a été malade”
Focus : “ C´est l´enfant du locuteur qui a été malade”
Domaine du Focus : S

Ceux-ci s’appellent respectivement le focus de prédicat , le focus d’argument et le focus de phrase. Regardons comment l’exemple de focus de prédicat peut être représenté dans la proposition actuelle. Le locuteur peut supposer une entité comme étant présente dans les connaissances de l’interlocuteur pour deux raisons distinctes : soit l’entité était présente dans le discours auparavant
– il fait donc une référence dite anaphorique – soit l’entité est présente dans le contexte non textuel de l’énonciation – on parle d’une référence situationnelle. Le contexte non textuel de l’énonciation (ou encore situationnel) est constitué du locuteur et de l’interlocuteur (auxquels on peut faire référence avec les pronoms de 1ère et 2e personne) des repères spatio-temporels de l’énonciation (ici, demain, …) des entités autour de l’énonciation qu’on peut introduire dans le discours par une véritable deixis physique (la personne à côté de toi, la lumière, …) et au même degré des repères supposés connus et partagés par les locuteurs (les connaissances du monde).

2.2.3.1.2 Construire ce dont on parle : la structure thématique : l’intonationalité accentuée

La notion de thème est d’autant plus problématique que le terme est utilisé à la fois comme mot de la langue courante et dans un sens technique par les linguistes. Notion relationnelle, le thème ne peut être envisagé que par rapport à un segment. Pour la langue courante, pour laquelle le thème est "ce sur quoi porte le texte", celui-ci est généralement le texte dans son ensemble. Pour les linguistes, l’unité de référence est la proposition ou la phrase. En ce qui concerne le marquage syntaxique du thème, et en particulier au rôle de la syntaxe complexe, nous optons pour une troisième unité : l’unité syntaxique, constituée par une proposition principale plus toute proposition subordonnée ou proposition réduite qui s’y trouve attachée ou enchâssée. On verra que la relation entre le thème local des linguistes et le thème global de la langue courante ne va pas de soi...Dans la littérature, le thème fait l’objet d’une caractérisation en termes des aspects suivants :

2.2.3.1.2.1 Sa fonction :

Le thème est ce sur quoi porte la proposition (aboutness ou à propos, cf. Berthoud (1996) pour le terme français), le point de départ de l’énoncé (Halliday 1967/78 ; van Dik 1978 ; Reinhart 1981 ; Lambrecht 1981 ; 1994) ;

(20) Iisa, buur+uuje ɗe, o ɲaam+ii ɗe
  nom nom+cl.nom det. pr.pers v.+perf. pr.pers
  Issa pains les il a mangé les
  Issa, les pains, il les a mangés

2.2.3.1.2.2 La nature de son référent :

le thème a un référent donné, connu, disponible (Chafe 1970 ; 1976 ; Prince, 1981 ; Lambrecht, 1987 ; 1994 ; Gundel, 1985) ;

(21) Iisa, o ɲaam+ii ɗe, buur+uuje ɗe
  nom pr.pers v.+perf. pr.pers nom.+cl.nom det.
  Issa il a mangé les pains les
  Issa, il les a mangés, les pains

2.2.3.1.2.3 La nature de son référent : sa position dans la proposition ou la phrase

La position initiale, et a fortiori la dislocation à gauche, sont intimement liées à la mise en place du thème (Halliday 1967/8 ; Givón, 1979 ; Lambrecht 1981 ; 1994 ; Gundel, 1985).

(22) buur+uuje ɗe, Iisa, o ɲaam+ii ɗe
  nom.+cl.nom det. nom pr.pers v.+perf. pr.pers
  pains les Issa il a mangé le
  Les pains, Issa, il les a mangés
2.2.4 Saillance thématique et saillance rhématique

Mais une certaine confusion règne quant à sa définition. Pour les auteurs adoptant une perspective cognitive (Chafe 1976 ; Prince 1981), est saillant un référent que le locuteur suppose présent à l’esprit de l’interlocuteur ; on retrouve là un des aspects du statut "donné" d’un référent, et qui s’applique par conséquent le plus souvent au thème. Mais le rhème est lui aussi régulièrement caractérisé par la saillance : c’est l’élément nouveau, l’élément le plus informatif. P.Werth (1984) définit le rôle de l’articulation thème-rhème comme étant précisément de concentrer le matériau le plus important à la fin de l’énoncé pour le rendre plus saillant. Pour K. Lambrecht (1981), thème (topic) et rhème (focus) sont tous deux saillants, mais de façons différentes : le thème dans un sens référentiel, le rhème parce qu’il reçoit l’accent.
Certains énoncés ont de commun qu’elles partagent le même contenu vériconditionnel (propositionnel). En effet, on donne à tous ces énoncés la même structure sémantique , où est exprimée la relation entre les différents arguments.
On voit donc que dans la construction de la situation de communication, on ne recherche pas principalement les éléments connus/nouveaux, introduits/non introduits, informatifs/non informatifs mais plutôt la nouveauté des relations entre les éléments. On peut mettre en correspondance les trois énoncés avec la même représentation sémantique, donnée dans des figures ci-dessous.

Dans une représentation sémantique, on prend en compte en plus de la structure sémantique posant le sens du message véhiculé, ce qu’on appelle la structure communicative qui cherche à représenter de quelle manière et par rapport à quel type de contexte le message est véhiculé. En fait, ces énoncés partagent une même structure sémantique mais pas toujours une même structure communicative. Cette structure communicative est construite à partir du contexte en lien avec le message énoncé. En fonction du contexte, le locuteur organise le message pour que le co-énonciateur puisse interpréter le message reçu de manière adéquate. Chaque structure communicative met en jeu une combinaison de questions et de réponses que je vais essayer de présenter par la suite.

(23)  Iisa ŋaam-ii  mbel-koy  koy
  NOM  PERF. ADJ.-CL.NOM DET.
   Issa  a mangé  frites les
  Issa a mangé les frites

L’énoncé [23] pourrait être associé entre autres, à une question contexte du type « Qu’est-ce qui s’est passé ? » ou « Qu’est-ce qu’il y a ? » ou « Qu’est-ce qui s’est passé ici ? » etc. Une telle question interroge sur l’ensemble de l’événement. On pose que tout l’énoncé véhicule une information nouvelle. L’événement est présenté tel quel, sans introducteur. Cet énoncé est à mon avis le moins naturel dans une parole spontanée bien qu’elle soit probablement la plus citée et la plus utilisée dans les recherches syntaxiques (hors syntaxe de la parole spontanée) ; c’est d’ailleurs ce qu’affirmait Culioli pour des énoncés du type « le chien aboie » car toute production langagière implique une intention de signification.

Quand l’énoncé est employé dans une question-contexte de ce type, on parlera d’énoncé rhématique dans sa totalité (bien qu’il existe des éléments qui sont présents dans la sphère desconnaissances des interlocuteurs) ou encore d’énoncé thétique. Notons que ce n’est pas la forme écrite donnée sous [23] qui est thétique, mais l’énoncé associé à un contexte particulier dans lequel il peut apparaître. Comme nous le verrons ci-dessous, la même forme écrite peut se prêter également à d’autres contextes.

(24)  Iisa  moɗ-ii  mbel-koy  koy
  NOM V.-PERF. ADJ-CL.NOM DET.
   Issa  a. avalé  frites les
  Issa a avalé les frites´
(25) dey  nani  ke Iisa ŋaam-ii mbel-koy koy
  PRED.  ADV. CONJ. NOM V.-PERF. NOM-CL.NOM   PRED.
  et voilà que  Issa a mangé  frites   hein
  Et voilà que Issa a mangé les frites hein !´
(26) nani  Iisa ŋaam-ii mbel-koy koy
   ADV. NOM V.-PERF. NOM-CL.NOM   PRED.
  voilà  Issa a mangé  frites   hein
  Il ya Issa qui a mangé les frites hein !´

 
Une question de ce type (donnant lieu à une réponse thétique) est également adéquate pour des énoncés comme dans (25) et (26). Entre les locutions « voilà que » et « il y a », il existe une légère différence. En effet, « voilà que » introduit un événement ponctuel tandis que « il ya » indique l’événement dans sa totalité, proportionnel à "ça". En effet, on peut avoir « il y a ça » mais pas « voilà que ça ».
Pour l’ensemble des énoncés (27), (28) et (29), les entités ‘Issa’ et ‘frites’ sont des éléments faisant partie de la sphère des connaissances des interlocuteurs ; ce qui est nouveau et informatif, ce n’est donc pas tant ces entités mais l’événement ou encore la relation qui existe entre ces entités :

(27) wo  Iisa  ŋaam –ii  mbel-koy koy
  PRED. NOM  V.-PERF. ADJ.-CL.NOM DET.
  c´est  Issa  qui a mangé  frites les
   C´est Issa qui a mangé les frites
(28) mbel-koy  koy,  Iisa,   ŋaam -ii  ɗe,
   ADJ.-CL.NOM  DET. NOM V.-PERF . PR.PERS
  frites  les  Issa a. mangées  les
  Les frites, c´est Issa qui les a mangées
(29) mbel-koy  koy, wo  Iisa,   nyaam -ii  ɗe,
   ADJ.-CL.NOM  DET. c’est NOM V.-PERF . PR.PERS
  frites  les il  Issa a. mangées  les
  Les frites, c´est Issa qui les a mangées

Examinons les différentes structures communicatives possibles pouvant être associées à la structure sémantique. Pour l’instant, je me contente de la dichotomie thème rhème : je considère que le thème représente la connaissance partagée entre les locuteurs et le rhème, la partie nouvelle du message que le locuteur transmet à l’interlocuteur.

La structure communicative dépend en premier lieu du choix de ce qui dans le message représente la partie nouvelle, informative. Comme on l’a vu précédemment, tout le message peut être considéré comme informatif et nouveau ; ce qui est le cas des énoncés thétiques.
Le message peut également être informatif qu’en partie. Comme la structure sémantique comporte trois éléments, la partie nouvelle du message peut porter uniquement sur l’un de ces éléments, à savoir : l’entité ‘Issa’ (ou plutôt le fait que Issa est l’agent de l’action ‘manger les frites’), dans quel cas on aura la représentation sémantique donnée dans laquelle l’entité ‘frite’ est le rhème de l’énoncé (30).

(30) (ŋaande, ŋaande)  Iisa, wo kanko   ŋaam -ii  mbel-koy  koy
  ADV.-ADV. NOM PRED. PR.PERS V.-PERF. ADJ.-CL.NOM  DET
  entre temps Issa c´est  lui a mangé frites  les
  Quant à Issa, c’est lui qui a mangé les frites´

L’ énoncé (30), est un énoncé qui peut être une réponse à une question du type « Qui a mangé les frites ? ». L’énoncé (30) était également possible à une question du type « qu’est-ce qui se passe ? ». En fait, la prosodie permet de différencier les deux structures communicatives. Dans l’énoncé (30), c’est la construction clivée qui permet de déterminer l’entité ‘frites’ comme la partie nouvelle du message. Dans l’énoncé (30), la locution « entre temps » permet de pointer un élément parmi d’autres, et donc de présenter l’élément qui suit cette locution comme la partie nouvelle du message. Enfin, ce qui distingue l’énoncé (31) se trouve dans l’organisation de la partie thématique.

(31)  bangal  Iisa, wo kanko   ŋaam -ii  mbel-koy  koy
  PRED. NOM PRED. PR.PERS V.-PERF. ADJ.-CL.NOM  DET.
  Quant à Issa c´est  lui a. mangé frites  les
  Quant à Issa, il a mangé les frites´

L’énoncé (32) était également possible comme réponse à « Qu’a mangé Issa ? » où l’entité rhématique de la réponse était ‘frites’. En fait, il existe une différence dans la structure prosodique qui fait que ces énoncés sont acceptables dans les deux contextes. Si à l’écrit il peut y avoir une ambiguïté d’interprétation, elle devient pratiquement impossible dans le cas de la parole.

(32)  Iisa, o  ŋaam -ii ( dagum-goɗɗum )  mbel-koy  koy
  NOM PRED. V.-PERF.  ADV.ADJ.IND  ADJ.-CL.NOM  les
  Issa il a. mangé quelque chose comme frites  les
  Issa, il a mangé quelque chose comme les frites

Pour des raisons différentes, on écarte les deux représentations sémantiques suivantes, la première où tout est thématique (avec une absence d’un élément rhématique) (phrase 32) et la deuxième ou la partie rhématique est discontinue dans les phrases (33), (34), (35). En fait, je considère que tout acte de langage qui aboutit à un énoncé déclaratif contient toujours une information. Autrement dit, on énonce un message pour transmettre à l’interlocuteur de l’existence d’un certain fait, d’une certaine relation sémantique. Sans une telle relation sémantique « nouvelle », l’acte de langage déclaratif n’aurait pas de sens.

(33)  Iisa, o  ŋaam -ii  mbel-koy  koy  
  NOM PRED. V.-PERF. ADJ.-CL.NOM  DET.  
  Issa il a. mangé frites  les  
  Issa, il a mangé les frites´  
 (34)  Iisa,  kanko, o  ŋaam -ii  mbel-koy  koy
  NOM  PR.PERS PRED. V.-PERF. ADJ.-CL.NOM  DET .
  Issa lui il a. mangé frites  les
  Issa, lui, il a mangé les frites
(35)  bangal  Iisa, o  ŋaam -ii  mbel-koy  koy
  PRED. NOM PRED. V.-PERF. ADJ.-CL.NOM  DET.
  Quant à Issa il a. mangé frites  les
  Quant à Issa, il a mangé les frites´

Un autre découpage de la structure communicative qui est envisageable est de considérer que le rhème regroupe deux entités sémantiques et non une seule. La représentation sémantique peut correspondre à un énoncé répondant à une question du type « Que fait Issa ? » « et à propos de Issa ? » etc. et l’énoncé (36) peut être une réponse adéquate où l’ensemble ŋaam -ii ‘manger’ et mbel-koy ‘frites’ est le rhème.

(36)  Iisa,  bangal  makko, o  ŋaam -ii  mbel-koy  koy
  NOM PRED. PR.PERS PRED. V.-PERF. ADJ.-CL.NOM  DET.
  Issa quant à lui il a. mangé frites  les
  Issa, quant à lui, il a mangé les frites

Tout l’énoncé (37), (38) à (39) peuvent être une réponse à « Qu’a mangé Issa ? », où l’entité ‘frites’ correspondra à l’élément manquant de la question, l’élément qui correspond au pronom « que ». On retrouve une construction clivée (phrase (37)). Le reste des énoncés se différencient les uns des autres par l’organisation à l’intérieur du thème.

Dans ces énoncés, l’entité ‘frite’ est le rhème. Dans ces énoncés l’entité ŋaam-ii ‘manger’ est le thème. En effet, il se peut que les entités ‘Issa’ et mbel-koy ‘frites’ aient déjà été introduits et que l’on recherche la relation qui existe entre ces deux entités. Une telle structure communicative peut en fait bien correspondre à une question du type « Qu’a fait Issa des frites ? ».

(37) wo mbel-koy koy  Iisa  ŋaam-ii
  PRED. ADJ.-CL.NOM DET. NOM  V.-PERF.
  ce sont frites les  Issa a. mangé
  Ce sont les frites que Issa a mangé
(38)  bangal Iisa,  o ŋaam -ii ɗe,  mbel-koy koy
  PRED. NOM PR.PERS V.-PERF. PR.PERS ADJ.CL.NOM DET.
  A propos  Issa  il a.mangé les  frites les
  Quant à Issa, il les a mangées, les frites

De la même manière, on peut avoir une structure communicative comme dans les phrases (39), (40) (41), (42), (43), (44), (45), (46) où cette fois-ci le rhème regroupe les entités mbel-koy « frites » et « manger ». La question sous-jacente peut être la suivante : « Qu’est ce qui se passe avec les frites ? »


(39)
 Iisa,  o naam -ii  ɗe, mbel-koy koy
  NOM PR.PERS V.-PERF. PR.PERS ADJ.-CL. NOM DET.
   Issa il a. mangées les  frites les
  Issa, il les a mangées, les frites
(40)  Iisa,  mbel-koy  koy, o ŋaam -ii  ɗe,
  NOM  ADJ.-CL.NOM  DET. PR.PERS V.-PERF . PR.PERS
   Issa frites  les il a. mangées  les
  Issa, les frites, il les a mangées
(41)  o ŋaam-ii ɗe, Iisa,  mbel-koy koy
  PR.PERS V.-PERF. PR.PERS NOM NOM-CL.NOM  DET.
  il  a.mangées les Issa frites  les
  Il les a mangées, Issa, les frites
(42)  o ŋaam-ii   ɗe,  mbel-koy koy, Iisa
  PR.PERS  V.-PERF. PR.PERS  ADJ.-CL.NOM  DET. NOM
  il  a. mangées les frites   les Issa 
  Il les a mangées, les frites, Issa
(43) mbel-koy  koy,  o  ŋaam -ii ɗe,  Iisa, 
  ADJ.-CL.NOM PRED. PR.PERS  V.-PERF. PR.PERS  NOM 
  frites les  il a mangées  les  Issa 
  Les frites, il les a mangées, Issa
(44) Iisa  o.  ŋaam-ii ɗe mbel-koy koy
  NOM PR.PERS V.- PERF PRPERS ADJ.-CL.NOM DET.
  Issa  les a. mangées les  frites les 
  Issa, il les a mangées les frites

Les énoncés [45], [46], [47] à [48] et [49] à [50] peuvent bien représenter une réponse à ce type de question où les entités ‘manger’ et « Issa ‘ sont le rhème.

(45)  bangal Iisa,   wo  kanko ŋaam-ii   mbel-koy koy
  PRED. NOM PRED. PR.PERS V.-PERF. ADJ.-CL.NOM DET.
  à propos de Issa  c´est lui a.mangé  frites les
   « Quant à Issa, c´est lui qui a mangé les frites »
(46) ŋaamu-gol  mbel-koy  koy, Iisa waɗ-ii ɗum
   V-INF. ADJ.-CL. -NOM DET. NOM V.-PERF. PR.PERS
   manger  frites les Issa a fait  le
  Manger les frites, c´est Issa qui l´ a fait

La question du statut de ces différentes caractérisations et de leurs relations se pose. M. Halliday (1967) s’insurge contre l’amalgame souvent fait entre les deux premières, et donne l’exemple suivant, dans lequel le sujet Moussa est thème, selon sa définition, sans qu’il puisse être perçu comme donné :

(47)  Aarba ndaar-ii  ne´i  ɗi  na  pija  keenga
  NOM V.-PERF. NOM DET. PART. V.-INF ADV.TPS
  Muusa  a regardé vaches les  jouer  s´amuser hier
  Moussa a regardé les vaches s´amuser hier.

énoncé dans un contexte de contradiction, par exemple en réponse à :

(48)  Muusa ndaar-ii  ne´i  ɗi  na  pija  keenga ngoonga fu na ?
  NOM V.-PERF. NOM DET. PART. INF. ADV.L NOM ADV.I  
  Muusa  a regardé vaches les elles jouer  hier n´est ce pas ? tout est ce
  Muusa a regardé les vaches s´amuser hier n´est ce pas ?

ou en réponse à :

(49)  Aarba ndaar-ii  ne´i  ɗi  na  pija 
  NOM V.-PERF. NOM DET. PART. INF.
  Moussa  a regardé vaches les  elles  jouer
  Moussa a regardé les vaches s´amuser.

Conclusion

Plusieurs linguistes se sont intéressés à la définition et à la relation d’interdépendance des notions de « prédication » et « d’emphase » et ont souligné que le point d’une expression doit être obtenu de quelque chose connu et agrée (préssupposition) sur quelque chose de nouveau et instructif et « c’est la nouvelle information » qui est principalement soulignée(emphase) ; de sorte que prédiction et emphase émergent comme deux aspects d’un simple modèle d’articulation. Il est important de voir que les deux oppositions sont indépendantes, de sorte qu’un segment linguistique peut combiner les valeurs « thématique » et « donné-connu »,« thématique » et « nouveau », « rhématique » et « donné-connu », ou « rhématique » et « nouveau ». Rappelons en outre que dans l’analyse des énoncés la plupart des linguistes (le cercle linguistique de Pragues, Creissel, Krifka, Halliday, Chafe, Firba etc.) distinguent aujourd’hui au moins quatre niveaux de structure ou plus exactement de modes d’organisation : phonologique, morphosyntaxique, sémantico-référentiel et énonciatif. Ces quatre niveaux sont indissociables aussi bien à l’encodage qu’au décodage du message.
Du point de vue fonctionnel, ce niveau de description caractérise les motivations des auteurs dans le choix des éléments de contenus. Il rend explicite le pourquoi et l’associe au quoi des éléments du contenu. Du point de vue syntaxique et sémantique, il s’agit d’associer aux éléments de matière première, déjà indexés dans l’espace du ‘domaine’, de nouveaux attributs propres, cette fois, à l’espace du discours du document cible. Ceci est réalisé, à un niveau générique, au moyen de couples appelés « règles de désignation intentionnelle », ayant la forme suivante : (caractérisation de l’intention, caractérisation du contenu.

Bibliographie

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